OTTAWA (AFP) — Hassan Diab, soupçonné d'être l'auteur de l'attentat de la rue Copernic qui avait fait quatre morts en 1980 près d'une synagogue parisienne, restera en prison au moins jusqu'à la semaine prochaine, sa première audition ayant été ajournée vendredi par un juge canadien.
M. Diab, un Libano-Canadien d'origine palestinienne de 54 ans, avait été arrêté jeudi dans la banlieue d'Ottawa à la demande de la justice française. Il comparaissait vendredi devant la Cour supérieure d'Ontario pour déterminer s'il demeurerait ou non incarcéré pendant la procédure d'extradition.
Le juge Michel Charbonneau a ajourné l'audience au jeudi 20 novembre à 10h30 (15H30 GMT). Il a également émis un interdit de publication, une procédure qui empêche de diffuser des informations sur le dossier à charge, ainsi que sur le déroulement des audiences.
L'avocat de M. Diab, Me René Duval a expliqué à la sortie du palais de justice d'Ottawa n'avoir pas eu le temps d'étudier le dossier volumineux qui, a-t-il affirmé, ne lui a été remis que quelques minutes avant l'audition.
Professeur de sociologie à l'université d'Ottawa, M. Diab est accusé de meurtres, de tentative de meurtres et de destruction volontaire de biens par un groupe organisé. Il risque la prison à perpétuité en France s'il est extradé, a précisé l'avocat.
M. Diab est soupçonné par la justice française d'avoir confectionné l'engin posé dans la sacoche d'une moto à quelques mètres de la synagogue de la rue Copernic à Paris, qui avait fait quatre morts et une vingtaine de blessés le 3 octobre 1980.
Après avoir été longtemps bloquée, la justice française est remontée en 2007 à M. Diab à la faveur d'un fichier fourni par l'Allemagne et comprenant les noms des membres du commando de la rue Copernic.
M. Diab, qui affirme être victime d'une homonymie, n'a pas dit un mot pendant sa comparution. Vêtu d'un blouson en polaire gris vert et arborant un bouc rasé de près, il a gardé les bras croisés pendant une bonne partie de l'audience qui a duré près de deux heures avec des interruptions de séance.
"Mon client est en état de choc", a déclaré son avocat. "Voici un honnête citoyen qui n'a rien à se reprocher, qui n'a aucun antécédent judiciaire dans l'univers et qui du jour au lendemain est arrêté comme un vulgaire bandit (...) et se retrouve avec des bagnards".
Me Duval a réaffirmé que M. Diab était victime d'une "erreur sur la personne" et il rappelé avoir dit à plusieurs reprises que celui-ci n'était pas à Paris au moment des faits.
Il a aussi affirmé son intention de combattre vigoureusement la demande d'extradition française, pour violation des droits de M. Diab et insuffisance de preuves.
La France a 45 jours après la date de l'arrestation pour présenter son dossier d'extradition. Après la conclusion de l'audience sur une éventuelle remise en liberté conditionnelle du suspect, une audience d'extradition doit avoir lieu au cours de laquelle la France devra convaincre le juge que les preuves présentées justifient une extradition".
Entre temps, le ministère canadien de la Justice devra prendre une décision relative au renvoi du suspect en déposant "un arrêté introductif d'instance". Mais à chaque étape du processus d'extradition, la personne visée peut faire appel. "Ca peut être long", note un spécialiste.
L'avocat a également reproché aux autorités françaises de n'avoir contacté ni son client ni lui, alors qu'il avait proposé une entrevue "si elle se déroulait selon les règles canadiennes". "Ils n'ont pas daigné nous passer un coup de fil, ils ont agi en catimini", a-t-il dit, avant d'ajouter: "je ne connais pas les principes de la police française. Mais je sais que les corps de police canadiens font généralement un effort pour rencontrer le principal intéressé".
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