GB: à peine élu, le "Mr Propre" du Parlement sous le feu des critiques

LONDRES (AFP) — Elu à la tête de la Chambre des Communes, le conservateur John Bercow s'est posé mardi en "Mr Propre" du Parlement britannique, mais les critiques dont il est déjà la cible font douter de sa capacité de réformer une institution minée par le scandale des notes de frais.

"Je veux mettre en oeuvre un programme de réformes, de renouveau, de revitalisation": dans le discours qui allait convaincre la Chambre de l'élire, lundi soir, John Bercow a tenu à se présenter comme le réformateur qui nettoiera les écuries d'Augias.

Son prédécesseur, le travailliste Michael Martin, avait été contraint à la démission, la première en plus de trois siècles, pour sa gestion jugée désastreuse du scandale des notes de frais des députés, un des plus importants de ces dernières années au Royaume-Uni.

Depuis plus d'un mois, la presse égrène les libertés prises par un grand nombre des 646 députés avec ce système légal qui prend en charge les frais des députés afférents à une résidence secondaire, mais considéré comme laxiste.

Des élus se sont fait rembourser des intérêts d'emprunts pourtant échus, du rouge à lèvres, des croquettes pour chien ou une cuvette de toilette. Une quinzaine de députés ont démissionné ou renoncé à se représenter, dont plusieurs ministres.

Mais le nouveau "speaker", président de la Chambre basse du Parlement et premier juif à ce poste, aura-t-il l'autorité suffisante pour mener à bien la réforme de ce qui est souvent qualifié comme "la mère des Parlements"?

La presse qui le qualifie de "Mr Propre", rappelle à l'envi que ce fils d'un chauffeur de taxi a lui aussi été éclaboussé par le scandale des notes de frais: la sienne fait notamment apparaître une demande de remboursement de 1.100 livres (environ 1.300 euros) pour faire déboucher ses toilettes.

M. Bercow a promis mardi de ne pas réclamer de frais liés à l'entretien d'une résidence secondaire, dont pourtant il a droit.

Outre l'autorité morale, le premier conservateur à occuper le poste depuis 17 ans pourrait ne pas non plus avoir le soutien suffisant de la Chambre.

Ancien membre dans son adolescence d'un club conservateur très à droite, M. Bercow a aujourd'hui largement épousé les idées du Labour, en même temps qu'une femme proche des travaillistes. De quoi susciter l'ire de nombre de ses pairs au sein du parti tory.

Sa collègue Nadine Dorries a ainsi révélé mardi que le député de Birmingham (nord de Londres) n'avait recueilli que trois signatures dans son propre parti, sur 193 députés conservateurs.

L'élection n'est qu'une "vengeance" des travaillistes, a-t-elle jugé. Les conservateurs s'empresseraient ainsi de le renverser dès qu'ils seront élus aux prochaines législatives en 2010, comme le laissent prévoir les sondages.

C'est d'ailleurs des bancs Labour que les plus fortes acclamations sont parvenues lors de son élection lundi soir.

"Le nouveau Speaker est haï par les tories, corrompu par le scandale des notes de frais et fait face à un complot pour le renverser", écrit le Daily Mail (droite).

"John Bercow est un homme à deux faces: d'un côté, le réformateur articulé et passionné; de l'autre, le traditionnaliste qui veut porter les atours du Speaker", écrit le Times (centre-droit).