Attaques de Bombay: l'Inde gronde, les soupçons sur le Pakistan s'alourdissent

BOMBAY (AFP) — L'Inde est "en colère" comme jamais auparavant, a prévenu vendredi le Premier ministre Manmohan Singh, neuf jours après le début des attaques islamistes de Bombay dans lesquelles la presse locale accuse les services secrets pakistanais d'avoir trempé.

Plus d'une semaine après ces attentats qui ont entraîné la chute du ministre de l'Intérieur, le nouveau titulaire du poste a admis des "défaillances" dans les systèmes de renseignements et de sécurité du géant asiatique, très régulièrement frappé par des attentats depuis plus de trois ans.

"Nous avons dit à la communauté internationale que le peuple indien ne s'était jamais senti autant blessé et en colère qu'après les attentats terroristes de Bombay", a déclaré le Premier ministre Singh en marge de la visite à New Delhi du président russe Dmitri Medvedev.

Ces attaques ont fait 163 morts - civils, policiers, et militaires, parmi lesquels 26 étrangers - et coûté la vie à neuf des assaillants.

Entre les 26 et 29 novembre, la mégalopole et capitale économique indienne a été visée en une dizaine de lieux, dont deux hôtels de luxe où de nombreux clients, notamment étrangers, ont été pris en otage. Ces attentats audacieux et inédits dans leur mode opératoire ont été perpétrés par dix hommes bien armés et entraînés, arrivés par bateau.

L'Inde affirme qu'ils venaient tous du Pakistan et a remis à son frère ennemi une liste de 20 suspects dont elle exige l'arrestation et l'extradition. Sur la liste figurent plusieurs responsables du Lashkar-e-Taïba (LeT), un groupe islamiste interdit, basé au Pakistan et actif dans la région himalayenne du Cachemire.

New Delhi et Washington imputent les attentats au LeT, l'un des mouvements islamistes clandestins pakistanais qui assurent lutter contre l'"occupation" indienne du Cachemire ou les persécutions dont est, selon eux, victime la minorité musulmane en Inde.

Ce mouvement a longtemps bénéficié de la bienveillance du Pakistan, voire de l'aide de ses puissants services de renseignements (Inter Services Intelligence, ISI), Islamabad contestant à l'Inde la souveraineté sur une partie du Cachemire, ce qui a provoqué deux des trois guerres indo-pakistanaises depuis 1947.

Une attaque contre le Parlement fédéral à New Delhi le 13 décembre 2001, attribuée par l'Inde au Lashkar, avait failli déclencher un quatrième conflit entre les deux pays, devenus des puissances nucléaires.

"Les preuves abondent, montrant que la source de cette attaque terroriste est clairement liée à des organisations que l'on a, par le passé, identifiées comme étant derrière des attentats terroristes", a d'ailleurs déclaré à Bombay le ministre de l'Intérieur Palaniappan Chidambaram.

La presse indienne va plus loin, accusant l'ISI d'avoir entraîné le commando terroriste.

"Nous sommes à 100% convaincus que l'ISI est impliqué", a affirmé une source au sein du renseignement indien, citée par l'agence de presse India Abroad News Service, relayant des commentaires identiques publiés dans le quotidien Indien Express.

Mais "en fin de compte, il y a eu des défaillances (...) Je ferai tout mon possible pour en déterminer les causes et tenter d'améliorer l'efficacité de notre système de sûreté", a reconnu le ministre de l'Intérieur, sans dévoiler le moindre détail concret sur l'enquête.

"Le travail est en cours. Beaucoup de preuves ont été rassemblées (...). Lorsque l'on disposera du tableau complet, j'espère pouvoir faire une déclaration devant le Parlement", a-t-il ajouté.

Des médias américains avaient indiqué que les Etats-Unis avaient prévenu leur allié indien en octobre d'une possible attaque contre des hôtels et des bureaux à Bombay par des assaillants venus de la mer d'Arabie.

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