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Les secrets de fabrication des séries US: une mécanique bien huilée

PARIS — Armée de scénaristes sous la houlette d'un "show-runner", univers originaux et sans tabou: le succès des séries américaines, qui essaiment sur les écrans du monde entier, répond à une mécanique bien rodée, dont les Français commencent à s'inspirer.

"Ce qui distingue les séries US des séries françaises, c'est surtout l'écriture, avec un vrai pool d'une dizaine de scénaristes, sous la direction d'un chef d'orchestre, le show-runner", décrypte Sheily Lemon, consultante audiovisuelle chez le cabinet IMCA, interrogée par l'AFP.

"Cette figure du show-runner, c'est à la fois le créateur de la série, un scénariste et un auteur. En plus, il a la casquette de producteur. A ce titre, c'est lui qui choisit les réalisateurs et les comédiens, est présent sur le plateau et fait le montage", détaille Fabrice de La Patellière, directeur de la fiction de Canal+. Un homme-orchestre qui donne la couleur de la série.

Un système industriel rodé depuis des années qui tranche avec les méthodes artisanales françaises.

Mais la différence de moyens financiers n'explique pas tout. En France, relève Pierre Sérisier, créateur d'un blog reconnu sur "Le Monde des séries", "il y a de multiples intervenants et tous ces parasitages pèsent sur la qualité du produit fini".

Avec la série culte "Mad Men", qui a raflé de multiples récompenses aux Etats-Unis, l'Américain Matthew Weiner a gagné ses galons de show-runner.

De passage à Paris récemment, il a expliqué lors d'une masterclass avoir commencé à écrire le pilote de "Mad Men", portrait acide du milieu de la pub dans le New York des années 60, avant de faire ses classes sur une autre série culte "Les Soprano".

Entre Tony Soprano, anti-héros mafieux, et les publicitaires de "Mad Men", phénomène culturel, un trait commun: l'exploration d'un univers original.

Pour s'assurer que les gestes et les dialogues sont bien ficelés, pas d'amateurisme. "Pour la série +Urgences+, l'auteur est médecin, pour la série judiciaire +Ally McBeal+ c'est un avocat et pour +The West Wing+ (La Maison Blanche), les auteurs sont d'anciens conseillers de Bill Clinton", souligne Sheily Lemon.

Mafia, guerre des gangs, drogue, homosexualité, tensions intercommunautaires: pas de tabous pour les séries américaines ou anglo-saxonnes, moins frileuses que leurs homologues françaises. Avec un réalisme parfois cru, comme dans la série "Dexter".

A défaut de copier les méthodes américaines, "on peut s'en inspirer", estime Fabrice de La Patellière.

Canal+ qui a assis sa réputation avec des séries "maison", comme "Engrenages" ou "Mafiosa", joue les pionniers.

Pour la série policière "Engrenages", vendue dans plus d'une soixantaine de pays, l'auteur a aussi coiffé la casquette de réalisateur avec des auteurs qui ont collaboré aux différents épisodes.

Mais pour Fabrice de La Patellière, l'un des freins en France à la "writing room", la fameuse chambre d'écriture, reste les droits d'auteur.

"Le copyright à l'américaine se prête mieux à l'écriture collective que le régime français des droits d'auteurs", explique-t-il. "Avec le copyright, un auteur écrit, est payé et ensuite il n'a plus de droits sur son scénario".

Une différence de taille avec la France où le droit d'auteur est inaliénable et donne à l'auteur un droit sur ce qu'il a écrit, à vie. Un système qui devient plus complexe lorsque plusieurs auteurs écrivent ensemble des scénarios de plusieurs épisodes.