Le Groenland va célébrer son autonomie élargie et ses nouvelles richesses

NUUK (AFP) — Le Groenland s'apprête à célébrer dimanche son autonomie élargie et accéder ainsi à ses ressources naturelles, dernière étape sur la voie de l'indépendance pour cette île stratégique de l'Arctique, sous hégémonie danoise depuis près de 300 ans.

Ce nouveau statut, plébiscité par 75,5% des voix lors d'un référendum en novembre dernier, entre en vigueur le 21 juin, jour de la fête nationale, en présence de la reine Margrethe de Danemark, du chef du gouvernement danois Lars Loekke Rasmussen et de nombre de personnalités danoises et étrangères.

L'aspect le plus important de ce nouveau statut, négocié durement pendant plusieurs années avec la métropole danoise, concerne le droit accordé aux Groenlandais à disposer de leurs propres ressources naturelles (pétrole, gaz, or, diamant, uranium, zinc, plomb).

Selon des estimations américaines, l'île renfermerait d'importantes réserves d'hydrocarbures, en particulier au pôle nord. Ces ressources suscitent d'autant plus les convoitises que le réchauffement climatique pourrait en faciliter la prospection et l'exploitation.

Le Groenland, qui renferme 10% des réserves d'eau douce de la planète, est en effet le territoire le plus menacé par le réchauffement en Arctique. Son activité de pêche, sa ressource principale, en est particulièrement affectée.

Ses dirigeants sont obligés de diversifier leur économie, fondant de grands espoirs dans les ressources du sous-sol, qui relèvent jusque-là des compétences de Copenhague.

Et si ces ressources s'avèrent "suffisamment importantes pour asseoir l'économie de l'île", elles mettront le Groenland sur les rails d'une indépendance totale du Danemark, estime Lars Hovbakke Soerensen, historien à l'université d'Aarhus (Danemark) et chercheur en politique groenlandaise.

Le nouveau régime accorde aussi aux Inuits le droit à l'autodétermination et la reconnaissance en tant que peuple conformément au droit international. Il leur octroie également un droit de regard sur la politique étrangère et de sécurité menée à Copenhague les concernant.

La langue groenlandaise devient la langue officielle de ce territoire peuplé de 57.000 habitants (dont 50.000 Inuits et 7.000 Danois de la métropole) et qui bénéficie d'un statut d'autonomie interne depuis 1979.

"Tous les Groenlandais souhaitent du fond du coeur être indépendants un jour ou l'autre, et nous le pouvons" affirme Lars-Emil Johansen du parti historique Siumut (social-démocrate), un des artisans du statut d'autonomie interne, et chef du gouvernement local de 1991 à 1997.

Mais les velléités indépendantistes sont passées au second plan face aux graves problèmes sociaux et économiques du territoire. Aux élections du 2 juin dernier, les électeurs ont soufflé un vent de révolte, catapultant le parti Inuit Ataqatigiit (IA, extrême gauche) au pouvoir, et plaçant leur confiance dans le chef indépendantiste d'IA, Kuupik Kleist, visage d'un nouveau Groenland.

IA est "le seul apte, selon les Inuits, à résoudre les problèmes de l'île", explique M. Soerensen.

Et l'indépendance, qui est pourtant l'"objectif premier d'IA", ne fera pas partie "des priorités actuelles" de la nouvelle coalition au pouvoir, selon M. Soerensen. Car il s'agit avant tout "de s'attaquer aux problèmes de société et d'éducation des insulaires dont l'économie est dépendante à 50% des subsides annuels du Danemark".