BOGOTA — Les Colombiens étaient confrontés vendredi à une situation inédite, la période de campagne officielle pour la présidentielle de mai débutant sans candidat du pouvoir, le chef de l'Etat sortant Alvaro Uribe, qui ne peut théoriquement se représenter, gardant le silence sur ses intentions.
Pour pouvoir briguer un troisième mandat, cet avocat de 57 ans, élu en 2002, puis réélu suite à une réforme constitutionnelle quatre ans plus tard, doit d'abord obtenir une nouvelle modification de la Loi fondamentale.
Plus de 80% des Colombiens y sont favorables selon un sondage réalisé en décembre et le Congrès a voté avec son accord une loi organisant un référendum sur la question, mais elle n'a toujours pas été validée par la Cour constitutionnelle.
Cette dernière n'a pas encore indiqué quand elle se prononcerait, laissant planer un doute sur la possibilité d'organiser la consultation dans les délais.
Les candidats ont en effet jusqu'au 12 mars pour se déclarer et M. Uribe, qui jouit toujours d'une confortable popularité de 60%, a assuré qu'il n'avait pas l'intention de reporter les élections. Un scrutin législatif est prévu le 14 mars et le premier tour de la présidentielle le 30 mai.
M. Uribe affirme que sa décision dépend de "la Cour constitutionnelle" et de "Dieu", mais il a annoncé que la télévision d'Etat ne diffuserait plus les conseils communautaires qu'il préside tous les samedis, afin de respecter les principes "d'équité" nécessaires au cas où il briguerait un troisième mandat.
Cette indécision pourrait coûter cher au camp conservateur, alors que l'ancien ministre de la Défense de M. Uribe, Juan Manuel Santos, qui bénéficie d'une cote de popularité d'environ 60% environ, n'a pas lui non plus dévoilé ses intentions.
"Le candidat +uribiste+ court un risque élevé. Si finalement le président ne postule pas, il aura très peu de temps pour faire campagne, ce qui le désavantagera", estime le politologue Alejo Vargas, de l'Université nationale.
Paradoxalement, la situation handicape aussi les candidats d'opposition. "Ils peuvent faire des propositions, mais on ne les écoute pas, car la société attend de savoir si Uribe pourra de nouveau se présenter ou non", décrypte M. Vargas.
Un autre analyste, Fernando Giraldo, juge au contraire que "la population en a assez que tout le débat se réduise à cette histoire de réélection. Les gens souhaitent que l'on parle des sujets sociaux", dans un pays où près de la moitié des 44 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté.
Alvaro Uribe, avocat de 57 ans, a mené une politique économique libérale pendant huit ans et privilégié l'option militaire contre la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), mais la guérilla compte encore entre 7.000 et 10.000 membre et reste active notamment dans le sud et l'est du pays andin.
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