Canada: l'avenir du gouvernement conservateur en doute

MONTRÉAL (AFP) — Le Premier ministre Stephen Harper s'est efforcé de gagner du temps vendredi dans une confrontation avec l'opposition qui menace de le renverser et de former une coalition pour le remplacer, moins de deux mois après sa réélection.

Dans une déclaration télévisée vendredi soir, M. Harper a accusé l'opposition de vouloir renverser le résultat des élections du 14 octobre dernier par des manoeuvres de couloir.

"Pendant que l'on travaille sur l'économie, l'opposition travaille sur une entente en coulisse. (...) Ils veulent accaparer le pouvoir, pas le gagner", a-t-il dit.

Mais il a en même temps reporté au 8 décembre, un vote de confiance qui risque de provoquer la chute de son gouvernement minoritaire, repoussant ainsi d'une semaine la confrontation avec l'opposition.

La crise soudaine a été provoquée par la présentation, jeudi, par le ministre des Finances Jim Flaherty d'un plan d'austérité destiné à limiter l'impact de la crise mondiale au Canada, mais qui a provoqué l'indignation de l'opposition.

Celle-ci estime que le programme du gouvernement conservateur est inadéquat et qu'il ne contient pratiquement aucune mesure de relance de l'économie.

Mais sa colère a aussi été provoquée par l'annonce que le gouvernement allait supprimer des subventions publiques aux partis politiques, une mesure qui handicape principalement les partis d'opposition, car le parti conservateur dispose des meilleurs finances et d'une base plus large de donateurs.

Les trois partis d'opposition ont affirmé dès jeudi qu'ils voteraient contre le plan d'austérité conservateur. Et ils ont entamé des discussions sur la formation éventuelle d'un gouvernement de coalition, ce qui éviterait un retour aux urnes quelques semaines après les législatives du 14 octobre.

Ce serait un cas de figure pour le moins inhabituel, car le Canada n'a pas connu de gouvernement de coalition depuis près d'un siècle.

"On travaille très fort pour s'assurer que les conservateurs ne seront plus là, un beau cadeau de Noël qu'on ferait pour les électeurs canadiens", avait déclaré dans la matinée Thomas Mulcair, numéro deux du Nouveau parti démocratique (NPD, gauche).

Des discussions sur une coalition, qui pourrait être dirigée par la principale formation d'opposition, le parti libéral, avec la participation du Nouveau parti démocratique, étaient en cours.

Elles ont notamment impliqué deux personnalités très influentes, l'ancien Premier ministre libéral Jean Chrétien, au pouvoir pendant dix ans, et Ed Broadbent, ancien chef charismatique du NPD.

Les conservateurs réélus le 14 octobre à la tête d'un gouvernement minoritaire ont 143 députés sur les 308 de la chambre. Les libéraux en ont 77 et le NPD 37.

La majorité se situant à 155 sièges, libéraux et NPD auraient besoin de l'appui du Bloc québécois (indépendantiste) qui a 49 députés pour pouvoir gouverner. Le chef du Bloc, Gilles Duceppe s'est dit "ouvert à appuyer une coalition qui respectera davantage le Québec", mais sans y participer directement.

La déclaration de M. Harper ne semble toutefois pas avoir calmé les ardeurs de l'opposition, des députés libéraux ayant réitéré l'intention de leur parti de renverser le gouvernement conservateur.

Le parti libéral est toutefois handicapé, car il a actuellement un chef en sursis. A la suite de sa cuisante défaite lors des dernières élections, le chef libéral Stéphane Dion a annoncé qu'il quitterait la direction du parti après l'élection de son successeur lors d'un congrès en mai prochain.

Selon plusieurs médias, le Bloc québécois a fait savoir qu'il ne soutiendrait un gouvernement de coalition dirigé par les libéraux que si celui-ci n'est pas dirigé par M. Dion.

Carte