PARIS (AFP) — Dans le centre d'accueil longue durée des SDF "Les Enfants du Canal" à Paris (XIVe), Hervé, Jean-Michel, Stéphane et Richard, SDF logés, dialoguent sans façon avec la ministre du Logement Christine Boutin venue parler de l'humanisation de l'hébergement des sans-abri.
"Et les milliards donnés aux banques!", lui lance Hervé. Christine Boutin ne répond pas mais redit la "volonté très forte du gouvernement" d'"humaniser" l'accueil des sans-abri en utilisant l'enveloppe de 110 millions d'euros prévus en 2009.
Le président du centre Jacques Bérès lui fait alors remarquer que "cela fait 1.100 euros par SDF".
"Mais pourquoi ne pas réquisitionner les logements vides?", lui demande Hervé. "La réquisition n'est pas du tout efficace", rétorque la ministre qui avance la lourdeur administrative.
Faussement naïf, Richard s'interroge: "Pourquoi ouvrir les gymnases uniquement lors des plans +grand froid+? Il fait froid tout l'hiver!".
Dans le sous-sol du centre de "stabilisation" des "Enfants du Canal", installé à deux pas de la très chic "Closerie des Lilas", ministre, membres de son cabinet et une quinzaine de sans-abri partagent chaises, fauteuils ou canapés disparates dans le salon décoré par des peintures africaines sur tissu.
Christophe Louis, directeur du centre et par ailleurs président du Collectif Les Morts de la rue, qui s'affronte régulièrement à ce titre avec Mme Boutin par médias interposés, fait office de modérateur.
La ministre du Logement est venue défendre l'utilisation des 110 millions d'euros qu'elle promet de dépenser en 2009 pour l'humanisation de l'hébergement des SDF. Certains dénoncent régulièrement "la promiscuité, la saleté et les vols" de centres d'hébergement collectif.
A la Maison des "Enfants du Canal", créée dans le fil de l'action spectaculaire des Enfants de Don Quichotte à l'hiver 2007 sur le canal Saint Martin, 21 hommes et femmes logent en chambre individuelle, sans limitation de durée, "une forme de CDI de logement", relève Christophe Louis.
Ces 21 locataires, qui peuvent recevoir jour et nuit un invité, sont autorisés à accueillir leur chien. Ils doivent donner au centre 15 % de leurs revenus, le plus souvent le RMI.
Jean-Michel, 51 ans, chauffeur-routier pendant 20 ans, qui a passé plus d'un an dans la rue "après avoir pété les plombs", avait, peu avant, fait visiter sa chambre à Mme Boutin. Hormis le lit et le matelas fournis par le centre à son arrivée il y a trois mois et demi, Jean-Michel a récupéré une télévision, d'épais rideaux de coton jaune d'or, un fauteuil en rotin sur lequel dort son caniche.
Dans sa chambre plutôt cosy, il explique à la ministre que, depuis son arrivée, il a pu récupérer son permis de conduire poids lourd, dont une copie est accrochée sur le mur, passer une visite médicale et reprendre des contacts avec la vie professionnelle.
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