Guyane: après une semaine de paralysie, les élus en appellent à Sarkozy

CAYENNE (AFP) — Après une semaine de paralysie de la Guyane par des camionneurs et automobilistes qui réclament une baisse des prix du carburant, les partis politiques du département d'outre-mer en appellent à Nicolas Sarkozy pour sortir du conflit.

Dans une lettre au chef de l'Etat rendue publique dimanche, les responsables de huit formations politiques parmi les principales de Guyane demandent au président de la République de prendre "toutes les décisions nécessaires à l'aboutissement de la juste demande du peuple guyanais".

Parmi les signataires figurent les représentants de l'UMP-Guyane, le Parti socialiste guyanais (PSG), les Verts Guyane, le Mouvement de Décolonisation et d'Emancipation sociale (MDES) et Walwari (Eventail en amérindien, le mouvement de Christiane Taubira).

Cette initiative intervient alors que les manifestants, qui réclament une baisse de 50 centimes par litre de carburant, maintiennent les 25 barrages routiers qu'ils ont érigés pour empêcher la circulation dans le département, ne laissant passer que les transports d'urgence.

L'aéroport international de Rochambeau (Cayenne) restait fermé diamnche aux vols commerciaux, tandis qu'au port, les bateaux étaient à quai.

Forcé de rester dans l'Hexagone en raison de ce blocage, le président de l'Association des maires de Guyane, Jean-Pierre Roumillac, a estimé dans un entretien avec l'AFP depuis Cayenne qu'il fallait "négocier" et "ne pas rejeter la proposition de l'Etat".

Vendredi, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, avait annoncé une baisse de 30 centimes par litre de carburant, et demandé aux élus de consentir de leur côté une baisse de 10 centimes sur les taxes locales, ce qui porterait la réduction des prix à 40 centimes.

Un arrêté du préfet pris samedi a d'ores et déjà concrétisé cette baisse de 30 centimes à la pompe.

Yves Jégo a proposé en outre "de prendre 5 millions d'euros dans le fond exceptionnel d'investissement pour l'outre-mer" pour compenser le manque à gagner des collectivités, le temps qu'une mission d'inspection se prononce sur le prix du carburant.

"Si l'Etat met 5 millions d'euros sur la table, on peut essayer de discuter. D'abord avec le peuple guyanais qui doit décider. Et avec l'Etat afin de vérifier que ces 5 millions ne soient pas pris sur une ligne budgétaire déjà prévue pour la Guyane", a estimé M. Roumillac, semblant attester de l'amorce d'une ouverture de dialogue.

A Cayenne, les élus du département ont commencé à se réunir à huis clos, dimanche à la mi-journée dans une salle du conseil général, sans que rien ne filtre de leurs discussions.

Menée par une coalition comprenant des associations de consommateurs et des syndicats professionnels, notamment des transporteurs, soutenue par de nombreux élus, la fronde n'a donné lieu à aucune violence durant le week-end. Les forces de police se tiennent à distance des barrages, formés de véhicules garés en travers des routes et de barrières métalliques.

La hausse des prix du pétrole en Guyane a démarré en février 2007, en application d'une décision de justice obligeant les pétroliers à s'approvisionner en carburant aux normes européennes en Martinique, et non plus à Trinidad comme ils le faisaient jusqu'alors.

Sur plainte de concessionnaires automobiles, les juges avaient en effet trouvé dans le pétrole commercialisé dans le département des teneurs en soufre huit fois supérieures aux normes autorisées.

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