Emploi des seniors: recueil de "bonnes pratiques" et défi par temps de crise

PARIS (AFP) — Le gouvernement a reçu mardi un recueil de "bonnes pratiques" décelées dans onze entreprises volontaires sur le maintien ou le retour à l'emploi des seniors, alors que la période de crise peut raviver la tentation de faire partir en priorité les salariés les plus âgés.

Recrutement, rémunération, évolution professionnelle, accès à la formation, conditions de travail, gestion des restructurations et réorganisations, ces pratiques sont déclinées en huit domaines dans le recueil remis par l'agence de notation sociale Vigeo au secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez.

Création de "référents Carrière" pour accompagner les seniors (Areva), accord sur le développement de la deuxième partie de carrière (EADS), aménagement des tournées de distribution du courrier pour les facteurs ayant des restrictions d'aptitude (La Poste) figurent au nombre des exemples mis en avant.

Ces pratiques ont été listées lors d'audits payants, menés de décembre 2008 à mars 2009 par Vigeo dans 11 entreprises volontaires (Adecco, Areva, Axa, Cofidis, EADS, La Poste, L'Oréal, O2, Siemens, Thales, Vinci) sur la prévention de la discrimination et la promotion de l'égalité pour les plus de 50 ans.

"Ce catalogue va être envoyé aux branches, aux entreprises, aux partenaires sociaux, aux chambres de commerce, etc. Le but est que les plans d'actions des entreprises pour l'emploi des seniors piochent dans cette liste dans trois domaines", a déclaré M. Wauquiez lors d'une conférence de presse.

Pour lui, "l'objectif, c'est qu'il y ait zéro pénalité mais qu'un maximum d'entreprises engagent des plans d'actions". "Cela marchera parce qu'on a allumé la lampe rouge", a-t-il jugé, en référence à l'application à partir de 2010 d'une pénalité financière contre les entreprises n'ayant pas négocié cette année un accord ou élaboré un plan d'actions sur l'emploi des seniors.

Il y a "encore des progrès à faire" pour l'emploi des seniors, où la France reste en retard comparée aux pays scandinaves, et il faut des objectifs précis "sinon ça n'avance pas au même rythme", ont reconnu plusieurs entreprises.

Pour la présidente de Vigeo Nicole Notat, "les entreprises ont intérêt" à maintenir voire développer l'emploi des seniors, vus "les problèmes de démographie et les risques de poursuites devant la Halde pour discrimination".

Dans les clefs de changement, elle a cité "une volonté farouche des dirigeants de l'entreprise de s'attaquer à la question", mais aussi "un engagement le plus partagé possible, notamment avec les partenaires sociaux".

Mais la violente crise entamée à l'automne fait peser une menace sur l'emploi des seniors.

"De nombreuses personnes interviewées ont tenu à faire part de leur scepticisme quant à la volonté des acteurs politiques et économiques de progresser durablement en matière de recrutement et de maintien dans l'emploi des seniors, en particulier dans le contexte actuel de crise perçu comme propice aux départs en préretraite", selon le document remis par Vigeo.

Et M. Wauquiez de lancer: "Vous n'imaginez pas les pressions qu'en période de crise l'on subit pour relancer la machine des préretraites!". Une mesure sur laquelle il a exclu de "lâcher" car "les préretraites sont une espèce de drogue comme la morphine, qui font du bien sur le moment mais qu'on paie longtemps".

"Les entreprises qui font partir les seniors font un choix de court terme: ce n'est pas bien préparer la sortie de crise que de se priver de compétences et savoir-faire utiles", a jugé Mme Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT.