Les casinos, dans le rouge, broient du noir

PARIS (AFP) — Interdiction de fumer depuis le 1er janvier, "marasme" de l'économie et "morosité" des Français: rien ne va plus dans les casinos qui devraient enregistrer une baisse à deux chiffres de leur chiffre d'affaires pour l'exercice 2007-2008 mettant en péril leur avenir immédiat.

Le produit brut des jeux (PBJ, différence entre les mises et les gains, équivalent du chiffre d'affaires) de l'exercice 2007-2008 des casinos s'oriente en effet vers une baisse de 10,2% par rapport à 2006-2007, a annoncé mercredi la profession lors d'une conférence de presse à Paris.

A périmètre constant, l'exercice 2006-2007 avait vu une hausse de 3,07% pour un PBJ de 2,8 milliards d'euros.

Les 197 casinos français comptent 18.200 employés et proposent 22.000 machines à sous et des jeux de table comme la roulette ou le poker.

Les trois syndicats patronaux (Casinos de France, Syndicat des casinos modernes de France, l'Association des casinos indépendants de France) ont présenté les chiffres portant sur 170 des 197 casinos français pour leur exercice annuel (1er novembre - 31 octobre) 2007-2008.

De janvier à octobre 2008, la baisse du PBJ a été de 13,5% par rapport à la même période de 2007, avec une baisse de 15,5% en août, de 20% en septembre et de 16,5% en octobre.

Cette forte baisse est due, selon les casinotiers, à l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer le 1er janvier, à la "crise" qui s'est installée en France au printemps, à la "morosité" des Français et à la concurrence "exagérée" de la Française des Jeux et du PMU.

Les casinotiers craignent, si la situation ne s'améliore pas, des "plans sociaux et des fermetures d'établissements en 2009".

Les dirigeants des grands groupes français (Barrière, Tranchant, Partouche, Joa) ont dénoncé, selon le mot de Patrick Partouche, "le mille feuilles de taxes particulièrement indigeste qui pèse sur le profession". L'ensemble des prélèvements obligatoires de l'Etat sur le PBJ des casinos se monte à 58%.

Les dirigeants des casinos demandent notamment un allègement de la fiscalité "pendant une période transitoire de deux ans" et une plus grande souplesse dans la réglementation des jeux de table (roulette, black-jack, poker).

Tous les patrons des groupes ont relevé l'impact que représente les casinos sur le budget des municipalités dans lesquelles ils sont implantés. 245 millions d'euros ont été versés en 2007, par le biais du cahier des charges, dans le budget des communes concernées. Sans compter l'impact économique et social avec les emplois dans les jeux (machines à sous et jeux de table) et les activités annexes (restauration, spectacle) obligatoires par la réglementation.

Le président de l'Association des casinos indépendants de France (ACIF) Luc Le Borgne a ainsi expliqué que la commune de Barbazan (Haute-Garonne) avait en 2007 reçu 529.000 euros des prélèvements du casino, soit 74% de son budget. Avant l'installation du casino, elle comptait 350 habitants, auquel sont venus s'ajouter 100 habitants (emplois et commerces liés au casino).

Par ailleurs, Dominique Desseigne, président du groupe Barrière, a dénoncé la concurrence "illégale" d'internet sur les sites de jeux pour le moment interdits en France. S'adressant aux pouvoirs publics, il leur a demandé de ne "pas nous laisser arriver exsangues face à la concurrence étrangère" à l'ouverture du marché français prévue en 2009.

Carte