PARIS (AFP) — Les élections européennes constituent, après les échecs des législatives et des municipales, une étape importante pour le Mouvement Démocrate (MoDem) et son leader François Bayrou, l'oeil rivé sur la présidentielle de 2012.
Le MoDem, issu de l'UDF, "est une des formations dont l'histoire est la plus liée à l'Europe, et qui nationalise à outrance les élections européennes", estime Pascal Perrineau, directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po.
"Il y a là un paradoxe, lié au fait que ce qui préoccupe François Bayrou est beaucoup plus son destin national que l'expression du MoDem dans le débat européen qui tente de se nouer", ajoute-t-il.
Le troisième homme de la présidentielle 2007 appuie sa campagne sur son livre à succès "Abus de Pouvoir" - déjà tiré à 120.000 exemplaire selon son éditeur, Plon - où il se livre à une virulente critique du sarkozysme.
Le député des Pyrénées-Atlantiques n'est pas lui-même candidat au scrutin du 7 juin, mais il met tout son poids dans la bataille, sillonnant inlassablement la France pour aller soutenir ses candidats.
Lors de ces élections, "il tente d'envoyer le signe que le MoDem fait partie des grandes forces politiques, susceptibles en 2012 de bouleverser la donne", souligne M. Perrineau. "Mais pour l'instant, le MoDem reste plutôt, dans les sondages, la première des petites forces que la troisième des grandes forces".
Les sondages donnent au MoDem 11% à 14% d'intentions de vote, tandis que l'UMP caracole en tête à 26,5-28%, suivi du PS (21-25%).
"Le moment de l'inversion du rapport de forces entre PS et MoDem n'a pas encore sonné, loin de là", commente M. Perrineau.
Le parti centriste est talonné par Europe-Ecologie (autour de 10%), dont le candidat Daniel Cohn-Bendit dépasse même la vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez en Ile-de-France.
Pour Frédéric Dabi (Ifop), "l'enjeu a minima pour le MoDem est de faire mieux que l'UDF en 2004" (12% des voix, 11 eurodéputés) et "l'enjeu ambitieux est de se rapprocher du socle électoral de François Bayrou à la présidentielle" (18,57%).
Actuellement, dans les enquêtes d'opinion, "le MoDem se retrouve à un étiage proche de l'espace centriste dans une élection européenne, soit 10-12%", souligne-t-il. Mais pour un parti "très jeune, qui n'a quasiment aucun élu, c'est quand même un tour de force d'être troisième".
De plus, le MoDem "élargit son assise socio-démographique", estime M. Dabi. "Contrairement à la présidentielle, il n'y a plus de catégorie de population - ouvriers, employés - où il est structurellement extrêmement faible".
Cette élection au scrutin proportionnel (un seul tour) "est la dernière où François Bayrou peut exister de manière autonome avant la campagne présidentielle de 2012", souligne M. Perrineau. "L'année prochaine, il risque d'être empêtré dans des problèmes de lisibilité. A moins de changer de cap et de devenir un allié privilégié de la gauche".
Aux régionales de 2010, le leader centriste a en effet déjà prévu de présenter des listes autonomes partout. Mais il devra choisir ses alliés entre les deux tours, comme aux municipales de 2008 où ses alliances à la carte, tantôt à droite, tantôt à gauche, n'avaient pas été comprises par l'opinion.
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