ATAPUERCA (AFP) — Accroupis au ras du sol, des dizaines de chercheurs réalisent un travail de fourmi sur le site archéologique d'Atapuerca en Espagne, qui a permis en 2007 la découverte historique de restes fossilisés du "premier européen".
Ces passionnés, pour la plupart volontaires, tous équipés d'un casque jaune et d'un pinceau, participent à la "saison 2009" de fouilles, qui vient de démarrer et se poursuit jusqu'à fin juillet.
Docteurs en archéologie, géologie ou paléontologie, d'autres encore étudiants, ils rêvent tous d'une grande découverte similaire à celles qui ont fait la renommée de ce gisement situé près de Burgos, l'un des plus importants d'Europe.
Atapuerca vient de fêter ses 30 ans et a été inscrit en 2000 sur la liste du patrimoine mondial de l'Humanité de l'Unesco.
José Maria Bermudez de Castro et Eudald Carbonell, deux des co-directeurs du projet, moustachus grisonnants aux allures d'explorateurs, se souviennent des grandes étapes de ce site très riche, qui a donné d'importants indices sur le mode de vie des hommes préhistoriques.
Selon ces chercheurs, les premiers habitants d'Atapuerca arrivés il y a plus d'un million d'années n'avaient pas choisi par hasard cette zone du nord de l'Espagne qui s'étend sur environ 13 km2.
Ils y bénéficiaient d'une "situation privilégiée", avec des grottes, un climat agréable, un environnement riche en végétation et en animaux à la confluence de deux rivières.
Le tout premier signalement des grottes d'Atapuerca remonte à la la fin du XIXe siècle, lorsqu'une tranchée a été creusée dans la montagne pour faire passer une voie de chemin de fer.
"Mais à l'époque en Espagne, il n'y avait pas de connaissance scientifiques suffisantes pour entamer des recherches", explique à l'AFP M. Carbonell.
Les premières fouilles ont eu lieu en 1978, puis "en 1984, nous avons retrouvé 150 petits restes humains, un bon résultat, mais qui avait une valeur émotionnelle plus que scientifique, et qui nous a poussés à continuer nos recherches", selon M. de Castro.
"En 1992, on a retrouvé des restes intacts très complets, dont le crâne le plus complet jamais retrouvé d'un humain de plus de 300.000 ans", poursuit-il.
Deux ans plus tard, les archéologues découvrent des restes remontant à plus de 800.000 ans, correspondant aux premiers hommes européens identifiés, qu'ils baptisent "Homo antecessor".
En 2007, ils trouvent sur le gisement dit "gouffre de l'éléphant", une mâchoire remontant à environ 1,2 million d'années, le reste humain le plus ancien jamais retrouvé en Europe.
Cette découverte leur vaut la Une de la prestigieuse revue scientifique américaine Nature, qui titre: "Le premier européen ?".
Au total, quelque 7.000 fossiles humains on été retrouvés sur le site, qui compte 450 gisements. Après la saison de fouilles, ils sont étudiés toute l'année dans des laboratoires, qui livrent de précieuses données.
"On sait par exemple que l'Homo antecessor pratiquait le cannibalisme", souligne M. de Castro. "Physiquement, il n'était pas beaucoup plus petit que nous et avait une morphologie bien particulière", avec des traits à la fois archaïques et modernes.
Des restes d'Homo sapiens, de son précursseur l'Homo Heidelbergensis (plus de 500.000 ans), évolution de l'Homo antecessor, ont aussi été recueillis.
"Cette année nous espérons trouver des traces remontant à 130.000 années et moins, et nous aurons ainsi des restes de toute l'évolution humaine, d'il y a 1,3 million d'années à aujourd'hui", affirme M. Carbonell.
Et le travail n'est pas terminé: "actuellement nous creusons pour retrouver un Néandertalien" (il y a environ 300.000 ans à 30.000 ans).
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