PARIS (AFP) — L'enquête sur les mouvements de fonds suspects vers les comptes de Julien Dray touche à sa fin, mais le député socialiste continue de contester cette procédure en dépit d'un geste inédit du parquet de Paris envers la défense.
Le parquet a prévu un aménagement de la procédure dans cette enquête sensible: il communiquera aux avocats des personnes entendues ou placées en garde à vue dans ce dossier le rapport policier de synthèse qui devrait être remis avant le 15 juillet.
Dans le cadre d'une enquête préliminaire, la loi ne prévoit pas que le parquet communique des éléments du dossier aux conseils des personnes mises en cause.
Les avocats des personnes entendues dans cette affaire, parmi lesquelles figurent notamment le député socialiste de l'Essonne, deux de ses proches collaborateurs, ainsi que le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, auront alors "vraisemblablement la possibilité de communiquer des notes pour compléter le rapport de synthèse", a-t-on précisé de source judiciaire.
La balle sera ensuite dans le camp du procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, qui aura le choix entre un classement sans suite de l'enquête ou une citation directe de M. Dray et de ses proches devant le tribunal correctionnel.
M. Dray, qui déplore depuis l'ouverture de cette enquête fin 2008 de ne pas avoir accès au dossier qu'il découvre au fil de "fuites" dans les médias, ne semble pas avoir été convaincu par ce geste.
Il a demandé mercredi "à être entendu par le procureur sur la base du rapport d'enquête" et avoir avec lui "une confrontation directe", sans "faire de la correspondance".
Victime selon lui d'une "opération de déstabilisation", M. Dray déplore que l'on "change la donne" en "inventant le droit heure par heure" au fil d'une enquête qui touche à sa fin.
Les enquêteurs soupçonnent notamment deux de ses proches d'avoir perçu des fonds des Parrains de SOS Racisme et de la Fédération indépendante démocratique et lycéenne (Fidl) avant d'en reverser la majeure partie à Julien Dray, depuis janvier 2006.
Selon celui-ci, "des gens se sont fait des illusions", pensant "à une grosse affaire de financement occulte du PS et d'une campagne électorale", en l'occurence la campagne présidentielle de Ségolène Royal, dont il avait été le porte-parole.
La justice a selon lui "été instrumentalisée" dans cette affaire, qui est en passe de faire "pschitt".
Son avocat, Léon-Lef Forster, a émis "des suspicions et réserves extrêmement sérieuses" sur la communication d'éléments dossier à la défense, ce type de rapport policier ne reflétant pas forcément, selon lui, "l'intégralité d'un dossier".
Il a annoncé son intention de déposer une nouvelle plainte avec constitution de partie civile visant les fuites parues dans la presse.
Selon l'avocat de dirigeants de la Fidl entendus dans le dossier, Patrick Klugman, cette procédure, qui fait figure de test avant la suppression annoncée du juge d'instruction, est "sortie des clous".
"Cette affaire n'a pas été traitée comme une enquête de police mais comme une procédure pilote pour vendre une réforme même pas soumise au Parlement", a conclu Me Klugman.
Avec cette enquête, il y a eu selon lui "un tel détournement de la procédure pénale que l'on cherche des moyens extraordinaires pour rétablir un semblant d'équilibre".
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