CALAIS (Pas-de-Calais) — "SeaFrance, c'est fini": les ex-salariés de la compagnie de ferries liquidée en janvier ont repris lundi les traversées transmanche après neuf mois d'attente, "motivés" et "fiers" de participer à une "nouvelle aventure" sous pavillon français avec My ferry link.
Aux environs de 05H30 lundi matin dans le port de Calais (Pas-de-Calais), les premiers passagers montent à bord du "Berlioz", l'un des trois navires rachetés par Eurotunnel et loués à la société d'exploitation My ferry link, constituée en Scop (coopérative ouvrière).
"J'étais client de SeaFrance. Je crois qu'il faut soutenir les compagnies françaises et je suis très content que My ferry link puisse succéder à SeaFrance", témoigne Gabriel Grare, étudiant de 25 ans, l'un des rares clients à avoir embarqué dans la nuit noire.
Le bateau parti presque à vide, "ce n'est pas ma préoccupation aujourd'hui. Ce qui est important aujourd'hui, c'est de reprendre la mer. Les bateaux ne sont pas allés à Douvres depuis la mi-novembre. Il était important qu'(ils) y aillent et les hommes avec", insiste Jean-Michel Giguet, président du directoire de la nouvelle compagnie maritime.
"La veille au soir, quand on s'est couché, on a beaucoup tourné dans la cabine car on était un peu stressé", raconte derrière son comptoir le maître d'hôtel Frédéric Thompson, 49 ans, dont 23 chez SeaFrance, qui se dit heureux de retrouver "le contact humain".
"J'ai très mal dormi cette nuit, à cause de l'appréhension du départ. Une fois sortis du port, j'ai ressenti beaucoup de plaisir à reprendre la mer. C'est une délivrance", renchérit debout à ses côtés Frédéric, 39 ans, steward passé chez SeaFrance.
"Fierté" et "revanche"
Alors que le jour se lève sur le détroit du Pas-de-Calais, le vent souffle sur les deux drapeaux français élevés à la proue et la poupe du "Berlioz". La corne de brume retentit, un épais brouillard ayant enveloppé le navire.
"On a hâte d'arriver à Douvres, c'est ça qui va marquer la première traversée. On est reparti de zéro, on a remis en état les navires. C'est le début d'une nouvelle aventure. Nous sommes tous fiers de participer au premier voyage", déclare le commandant Benjamin Daniel, 38 ans, ex-SeaFrance.
Pour Frédéric, le steward, "SeaFrance, c'est fini". "Tout le monde a vraiment tiré un trait (...), d'ailleurs c'est un nom qui n'est plus trop prononcé à bord. On veut vraiment oublier les mauvais moments qu'on a passés, surtout sur la fin. C'est reparti pour une nouvelle aventure et sur du long terme", lance-t-il.
Talkie-walkie à la main, à la proue du bateau, le maître d'équipage Jean-Albert Manier, 52 ans, ressent "un peu de fierté et un peu de revanche" alors qu'il s'apprête à accoster, sans qu'on distingue encore clairement les falaises de Douvres.
Après une "très longue et très pénible" attente, il fait "sa rentrée des classes". "Les marins, être à terre, c'est pas notre truc. Maintenant qu'on est en mer, on est heureux", dit-il dans un sourire. "On est prêt à repartir pour trente ans", ajoute-t-il.
La compagnie LD Lines, associée au Danois DFDS, revendique le retour du pavillon français sur le détroit du Pas-de-Calais sur lequel elle opère depuis le 17 février derniers, à travers une filiale française, des traversées entre Calais et Douvres, avec un puis deux navires.
My ferry link, qui vise "12 à 14%" de parts de marché pour l'activité fret et "8 à 10%" pour l'activité passagers, a embauché 395 marins et sédentaires, "majoritairement des ex-SeaFrance" pour son arrivée sur la liaison Calais-Douvres, très concurrentielle.
Le tribunal de commerce de Paris avait attribué le 11 juin les actifs de SeaFrance à l'exploitant du tunnel sous la Manche Eurotunnel pour un montant total de 65 millions d'euros.
Lundi soir, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier s'est félicité du démarrage de l'activité de My Ferry Link estimant que ce sont "la qualité et la régularité du service qui seront les piliers de (sa) réussite". Pour lui, "la desserte de ports supplémentaires sur la Côte d'Opale pourrait également permettre d'en renforcer l'attractivité commerciale".
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