L'Afrique doit utiliser le pétrole pour diversifier ses revenus, selon des experts

YAMOUSSOUKRO (AFP) — Soucieux d'augmenter leurs budgets pour assurer leur développement, les pays africains producteurs de pétrole ne doivent pas tout miser sur leurs recettes pétrolières mais diversifier les sources de revenus et penser aux générations futures, estiment des experts.

"Il ne faut pas devenir trop dépendant du pétrole mais l'utiliser pour créer d'autres sources de revenus et diversifier son économie", a expliqué à l'AFP Nicolas Sarkis, l'un des experts invités depuis mardi à Yamoussoukro pour le premier sommet d'Afrique de l'Ouest sur le secteur des mines et de l'énergie.

"Il faut aussi un arbitrage entre d'un côté le besoin d'exporter et d'avoir des revenus et de l'autre, la nécessité de ne peut pas trop produire pour penser aux générations futures", a souligné M. Sarkis, directeur du Centre arabe d'études pétrolières, basé à Paris.

"L'Afrique peut faire en sorte que ses richesses pétrolières et gazières soient pour elle une bénédiction et non pas une malédiction comme elles l'ont été dans d'autres régions", a souligné cet expert.

Cette inquiétude était au centre du sommet de Yamoussoukro qui a réuni jusqu'à jeudi les ministres des Mines et de l'Energie d'une quinzaine de pays du continent ainsi que de nombreux opérateurs privés du secteur.

Un thème d'autant plus d'actualité que la production pétrolière du continent a augmenté de 56% depuis dix ans alors que la hausse de la production mondiale a été de 16%. Sur la même période, la production de gaz a quant à elle doublé en Afrique alors que la hausse a été de 30% au niveau mondial, selon des chiffres communiqués lors du sommet.

"Il ne faut surtout pas refaire les erreurs commises ailleurs, à savoir qu'une fois qu'on a le pétrole on laisse tout tomber", a insisté Joël Dervain, directeur général de la Société ivoirienne de raffinage (SIR, publique).

"Si on ne se consacre qu'au pétrole (...), on ne fournit plus rien en terme de production agricole et pour se nourrir, on importe tout. C'est ce type d'erreur qu'il faut éviter", a ajouté M. Dervain.

Pays hôte du sommet, la Côte d'Ivoire aspire d'ailleurs à devenir un grand producteur de brut même si sa production ne dépasse pas pour l'instant les 50.000 barils par jour, selon des chiffres officiels.

Ce pays agricole, premier producteur mondial de cacao, doit "tirer beaucoup de leçons des crises dues à l'or noir", a ajouté le directeur de la SIR.

Pour le président ivoirien Laurent Gbagbo, les pays africains doivent aussi mettre en commun leur ressources tirées du secteur pétrolier et minier pour financer leur développement.

M. Gbagbo a d'ailleurs annoncé à Yamoussoukro qu'il allait proposer à ses pairs, le 15 décembre au sommet de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao, 15 pays), la création d'un "fonds structurel de développement prélevé des recettes du pétrole".

"Tant que l'Afrique n'a pas créé un tel fonds, tous les projets de développement sont vains", a déclaré le chef de l'Etat ivoirien.

Le continent doit aussi s'organiser car l'épuisement des réserves de pétrole et de gaz va entraîner une forte hausse des investissements pour l'exploitation de nouveaux gisements.

Selon Nicolas Sarkis, il va falloir "investir au cours des prochaines années 350 milliards de dollars par an dans le monde pour l'exploration et la production". "Et une grande partie se fera en Afrique", a-t-il ajouté.