PARIS (AFP) — Pannes, incidents, retards, parcours du combattant pour se déplacer de banlieue à banlieue: les problèmes de transport se posent de façon de plus en plus aiguë en Ile-de-France, qui souffre depuis une vingtaine d'années d'un déficit d'investissements.
La pagaille monstre qu'a entraînée mardi une grève spontanée après l'agression d'un conducteur sur Saint-Lazare, précédée d'un mois de perturbations sur ce réseau en raison d'une grève des conducteurs, a de nouveau illustré la fragilité des transports en Ile-de-France.
Déjà au printemps, le chef de l'Etat et le président socialiste du conseil régional Jean-Paul Huchon s'étaient opposés après des incidents répétés sur la ligne A du RER, devenue la ligne la plus fréquentée du monde avec plus d'un million de voyageurs par jour.
Nicolas Sarkozy avait assuré que l'Etat "reprendrait la main" pour la modernisation de cette ligne si les "oppositions stériles" et les "querelles politiciennes" locales retardaient les investissements nécessaires.
M. Huchon, qui préside le syndicat des Transports d'Ile-de-France, avait répliqué qu'il ne voyait pas "comment l'Etat pourrait reprendre la main", et "où il trouverait l'argent", puisqu'il avait transféré la compétence des transports régionaux "pour se débarrasser des dépenses".
Cet exemple illustre la dimension à la fois financière et politique des difficultés, liées notamment à l'insuffisance de l'offre de banlieue à banlieue.
Pour aller d'Ormesson-sur-Marne (Val-de-Marne) au Kremlin-Bicêtre, séparés de 19,71 km, il faut 27 minutes en voiture et 1h19 en transports en commun, après un passage par Paris, souligne le secrétaire d'Etat UMP Roger Karoutchi.
La seule solution est de réaliser les tangentielles et rocades prévues autour de Paris, s'accordent à dire les experts.
Mais les besoins financiers à 20 ans sont énormes: le Groupement des Autorités Responsables de Transports Publics (GART), rejoint par le gouvernement et les acteurs du Grenelle de l'Environnement, les estime à 27 milliards d'euros, contre 14 milliards pour l'ensemble des autres régions.
Si près de 4 milliards d'euros ont été annoncés à l'issue du Grenelle 1 pour les transports urbains, "aucune disposition n'a été retenue à ce stade pour l'Ile-de-France", souligne la région.
M. Huchon a présenté un "plan de mobilisation" de 17,8 milliards d'euros, dont 12 à la charge de la région et des départements franciliens. Selon lui, le Premier ministre l'a validé dans son principe.
Le projet est en trois volets. Traitement des "situations d'urgence": RER, ligne 13 du métro et "changement en profondeur" du matériel "vétuste" de la SNCF et de la RATP.
Deuxièmement, accélération d'une dizaine de chantiers, dont les tangentielles ferrées Nord et Ouest, tram-train Massy-Evry et prolongement de la ligne 11 du métro.
Enfin, réalisation d'ici à 2020 de deux grands projets: rocade ferroviaire autour de Paris Métrophérique Arc Express (6 milliards), "épine dorsale" du schéma directeur régional (SDRIF) adopté le 25 septembre, dont les études sont inscrites dans un contrat Etat-région, et prolongement d'Eole à l'ouest.
Etat et région ont travaillé tout l'été, notamment sur des ressources nouvelles, comme la hausse du versement transport payé par les entreprises et l'abondement du fonds d'aménagement de la région (FARIF).
M. Huchon compte sur le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo pour les voir apparaître lors du Grenelle 2.
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