Le planning familial en difficulté craint pour les droits des femmes

PARIS (AFP) — Les centres du planning familial, comme celui de Marseille fermé depuis le 23 décembre, craignent de ne plus pouvoir exercer leurs missions d'information à l'éducation sexuelle et à la contraception, en raison d'une baisse de leurs subventions, et appellent à "la vigilance".

Pour dénoncer le manque de moyens dont il souffre, le planning de Marseille, qui reçoit plus de 5.000 personnes par an, a organisé symboliquement mercredi un accueil dans la rue et sous la neige.

Le centre de Marseille est l'un des 70 centres d'accueil du Mouvement français pour le planning familial (MFPF), popularisés par le récent film long-métrage de Claire Simon, "Les bureaux de Dieu".

La cinéaste est d'ailleurs venue soutenir mercredi l'action de la permanence de Marseille, défendant ce "lieu essentiel pour la liberté des femmes".

Né sous le nom de "Maternité heureuse" le 8 mars 1956, le mouvement devenu Planning familial en 1960 a accompagné les femmes dans leur longue lutte pour l'autorisation de la contraception (1967), la dépénalisation de l'avortement (loi Veil de 1975), puis pour le respect du droit à l'IVG, et enfin aujourd'hui pour une "contraception choisie", alors qu'en France un grand nombre d'IVG sont dues à une contraception mal utilisée.

En 2007, plus de 450.000 femmes ou jeunes filles, souvent démunies ou en situation psychique difficile, ont eu recours au planning, en quête d'informations sur la contraception, la vie amoureuse, la sexualité, les relations conjugales.

"On a observé une augmentation de 23% du nombre de personnes qui se sont déplacées dans les centres en 2007 par rapport à l'année précédente", se félicite la secrétaire générale du MFPL, Marie-Pierre Martinez.

Pourtant, comme à Marseille, les centres du Planning sont en situation très difficile. "Les crédits dont nous dépendons sont passés de 2,5 millions d'euros en 2008 à 1,5 million dans la loi de finances pour 2009, soit une baisse de 40%", "le gouvernement fait des économies là où il juge que c'est le moins important", déplore-t-elle.

"Nous avons de réelles inquiétudes pour la pérénisation des activités et des structures du planning familial", affirme la responsable du mouvement, soulignant la contradiction entre cette baisse de crédits et le lancement, par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, d'une campagne en faveur d'une meilleure utilisation des moyens contraceptifs, "une campagne inefficace sans relais sur le terrain".

La situation de l'ensemble des associations du secteur social est fragile aujourd'hui. "De plus en plus, les subventions sont attribués sur projets, avec des critères précis, mais comment évaluer une mission d'information?", s'interroge-t-on au planning.

"Nous devons être très vigilants", affirme Marie-Pierre Martinez, car "c'est indéniable que certains, comme les radicaux religieux, veulent nous voir disparaître, on est aujourd'hui dans une période de repli sur les questions de sexualité, de famille, à terme cela peut remettre en cause nos missions".

Si elle ne croit pas à un retour en arrière en matière de législation, elle craint qu'un "certain discours", illustré à l'extrême récemment par le journal du Vatican, l'Osservatore Romano, jugeant la pilule "polluante" et cause d'infertilité masculine, ne porte ses fruits.

"De plus en plus de filles nous disent ne pas vouloir prendre +des médicaments+ toute leur vie, et refusent la pilule contraceptive, mais c'est leur liberté qui est en jeu", dit-elle, "le réveil risque d'être difficile".

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