Climat: le Japon reçoit son bonnet d'âne aux négociations de Bonn

BONN (AFP) — Le Japon a gagné mercredi le titre du "Fossile du Jour", décerné chaque jour par les ONG pour stigmatiser les mauvais partenaires en négociation climatique.

L'objectif annoncé à Tokyo par le Premier ministre Taro Aso - une réduction de -15% des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020 comparé à 2005, soit -8% par rapport à l'année de référence 1990 - est apparu nettement insuffisant à six mois de la conférence de Copenhague et l'adoption du nouvel accord mondial contre le réchauffement.

Ce manque d'ambition a valu au Japon le bonnet d'âne décerné par les ONG présentes à Bonn, pour la 2e session de négociations du futur accord.

"Le pays du soleil levant est en train de devenir le pays du niveau montant des océans", a estimé Ben Wikler, dont l'ONG Avaaz établit le palmarès quotidien des "fossiles" - une allusion aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) grosses émettrices de CO2.

"Cet objectif place le climat sur une trajectoire de réchauffement global de + 3°C", a estimé Yurika Ayakama, responsable climat de Greenpeace Japon.

L'objectif de Tokyo, selon elle, marque la victoire de l'industrie japonaise, responsable de 64% des émissions directes de GES du pays.

"Au départ, les industriels faisaient pression pour un objectif de -4% en 2020 par rapport à 2005; ce qui représentait une hausse de +4% par rapport à 1990! Alors évidemment aujourd'hui, ils estiment avoir fait un effort énorme", indique-t-elle.

D'autant que le Japon est déjà le mauvais élève du Protocole de Kyoto: alors que le traité adopté en 1997 lui fixait un objectif de réduction de ses émissions de -6% entre 2008 et 2012 par rapport à 1990, celles-ci ont augmenté de + 9% entre 1990 et 2007.

Kim Cartensen, responsable Climat au WWF-International, a noté que "les pays qui prennent 2005 pour année de référence sont ceux dont les émissions ont singulièrement augmenté depuis 1990... ils envoient ainsi un écran de fumée et se cachent derrière".

M. Cartensen vise sans les nommer les Etats-Unis, qui misent sur une réduction de leurs émissions de -14% en 2020 par rapport à 2005, soit -4% comparé à 1990.

Refusant de commenter explicitement l'annonce du Japon, le secrétaire-exécutif de la Convention climat de l'ONU, Yvo de Boer, a noté que les objectifs des pays industrialisés, décidément, restaient "très loin" de ce que la science exige.

"Il reste un long, long chemin à accomplir jusqu'aux scénarios ambitieux recommandés par les scientifiques du GIEC (les experts mandatés par l'ONU) si nous voulons éviter les pires impacts du changement climatique", a-t-il jugé.

Les scientifiques du GIEC recommandent de réduire les émissions des pays industrialisés de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990, pour limiter le réchauffement mondial à +2°C.