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Le réchauffement climatique risque de coûter cher à la France

PARIS — Logements et routes submergés par la montée de la mer, feux de forêt, cultures affectées par des canicules à répétition, le changement climatique risque de coûter cher à la France si rien n'est fait pour s'y adapter, prévient un rapport remis jeudi au gouvernement.

Les coûts annuels liés au réchauffement pourraient atteindre plusieurs milliards d'euros par an, précise l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc) dans ce rapport au ministre du Développement durable Jean-Louis Borloo.

"C'est une sorte de rapport Stern pour la France", indique-t-on dans l'entourage du ministre, en référence au rapport du banquier britannique Nicholas Stern publié en 2006.

L'analyse de l'Onerc est un "document de référence" pour lancer d'ici 2011 un plan national d'adaptation au changement climatique conformément à la loi d'orientation du Grenelle de l'environnement.

Pour cette étude, l'Observatoire précise qu'il n'a pas retenu les scénarios les plus pessimistes du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec), utilisant ceux généralement adoptés dans les analyses d'impact du réchauffement.

Ce rapport "montre que la France ne sera pas épargnée par le changement climatique", souligne M. Borloo dans un communiqué.

La remontée du niveau de la mer pourrait concerner plusieurs centaines de milliers de personnes, souligne l'Onerc.

Pour la seule région Languedoc-Roussillon, la destruction des logements exposés pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d'euros, selon le rapport.

Le risque de submersion marine lié à une élévation d'un mètre du niveau de la mer d'ici 2100, représenterait un coût patrimonial pour les routes nationales métropolitaines pouvant atteindre 2 milliards d'euros.

Dans l'agriculture, l'Onerc estime que la multiplication d'évènements de type canicule 2003 pourrait représenter à la fin du siècle un coût de plus de 300 millions d'euros par an pour une culture comme le blé.

La viticulture sera également affectée avec des disparités territoriales fortes et des effets sur la qualité des vins.

Le tourisme serait également perdant, avec des températures trop élevées dans le sud l'été, et la diminution du manteau neigeux dans les Alpes l'hiver.

L'eau viendrait à manquer: l'Onerc table sur un déficit de l'ordre de 2 milliards de m3 par an pour la satisfaction des besoins actuels de l'industrie, de l'agriculture et de l'alimentation en eau potable à l'horizon 2050.

Dans certains cas, le réchauffement pourrait avoir des effets contradictoires.

Ainsi, dans le secteur forestier, l'augmentation des températures et du taux de CO2 dans l'atmosphère devraient entraîner dans un premier temps une hausse de productivité.

Mais ces gains de productivité risquent d'être annulés rapidement par des pertes liées aux incendies et à la sécheresse.

Et après 2050, la tendance serait clairement défavorable, notamment dans le sud de la France.

De même, en ce qui concerne la consommation énergétique, la réduction du chauffage en hiver pourrait représenter une économie d'énergie de l'ordre de 3%, mais le développement de la climatisation l'été amputerait de moitié ces économies, souligne l'Onerc.

"Il nous faut bâtir une stratégie de long terme qui seule permettra l'adaptation de notre société" à ce changement, estime M. Borloo.

Les mesures d'adaptation devront être examinées au cas par cas au niveau local, indique le ministère.

Ce rapport de l'Onerc - le troisième du genre après celui de 2006 sur la stratégie d'adaptation au changement climatique, et celui de 2007 sur les risques sanitaires - alimentera la concertation pour préparer le plan national d'adaptation, assure le ministère.