Nucléaire: le chef de l'AIEA exhorte à nouveau l'Iran à débloquer le dossier

VIENNE (AFP) — Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a exhorté lundi l'Iran à "débloquer la situation" concernant son dossier nucléaire controversé, et a espéré que la nouvelle politique américaine face à Téhéran permettra de sortir de l'impasse.

"Je redemande instamment à l'Iran de mettre en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour instaurer la confiance dans la nature exclusivement pacifique de son programme nucléaire, le plus tôt possible, afin de sortir la situation de l'impasse", a déclaré M. ElBaradei à l'ouverture de la réunion de mars du conseil des 35 gouverneurs de l'agence onusienne à Vienne.

"J'espère que l'apparente nouvelle approche de la part de la communauté internationale de rechercher le dialogue avec l'Iran puisse donner un nouvel élan aux efforts pour résoudre ce problème qui dure depuis longtemps", a-t-il ajouté.

Le directeur général égyptien de l'AIEA n'a pas mentionné nommément les Etats-Unis, mais faisait clairement allusion à l'offre du président Barack Obama de résoudre par le dialogue le dossier nucléaire iranien.

Malgré six années d'enquête approfondie, l'AIEA n'est toujours pas capable de confirmer si le programme nucléaire iranien est totalement pacifique et ne doit servir qu'à produire l'électricité dont le pays a besoin, comme l'affirme le régime de Téhéran.

Dans son dernier rapport, M. ElBaradei s'est une nouvelle fois plaint de l'absence de coopération de l'Iran sur des questions clés comme l'éventuelle dimension militaire de ses activités nucléaires passées et le refus de se plier aux injonctions du Conseil de sécurité de l'ONU de cesser ses opérations d'enrichissement de l'uranium. Ce procédé permet de fabriquer du carburant mais également des matériaux fissiles entrant dans la fabrication d'une bombe.

L'ambassadeur américain auprès de l'agence, Gregory Schulte, a souligné mardi que sa "délégation relève favorablement l'intérêt positif des Etats membres pour (les conséquences de) l'élection présidentielle américaine et pour l'ajustement et la révision en cours des politiques américaines, y compris celles qui touchent au travail de l'agence".

"La nouvelle administration américaine a l'intention de renforcer les efforts diplomatiques pour répondre aux défis auxquels l'AIEA doit faire face", a-t-il ajouté.

La veille, des prises de positions contradictoires ont été annoncées à Washington. Le chef de l'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, a jugé que l'Iran détenait suffisamment de matériau fissile pour fabriquer une bombe atomique, tandis que le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a estimé que Téhéran n'était pas "près d'avoir une arme" nucléaire pour l'instant.

Le régime islamique a une nouvelle fois nié vouloir se doter de l'arme nucléaire. "Toutes ces déclarations sont sans fondement", a dit le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hassan Ghashghavi.

Par ailleurs, M. ElBaradei a appelé la Syrie à faire toute la lumière sur son site nucléaire présumé d'Al Kibar, détruit par l'aviation israélienne en septembre 2007.

Les inspecteurs de l'AIEA y ont détecté des particules radioactives et ont établi qu'elles ne provenaient pas, comme l'a affirmé Damas, des missiles israéliens. Selon Israël et Washington, les installations détruites étaient celles d'un réacteur nucléaire secret, ce que nie la Syrie.

M. ElBaradei a une nouvelle fois appelé Damas à autoriser l'accès de ses experts à plusieurs autres sites sensibles dans le cadre de l'enquête sur Al Kibar.

Au cours de la réunion, qui pourrait durer toute la semaine, les gouverneurs aborderont aussi la nomination du successeur de M. ElBaradei, qui renonce à un quatrième mandat après l'expiration de l'actuel le 30 novembre.

Deux candidats sont officiellement en lice: les ambassadeurs japonais Yukiya Amano et sud-africain Abdul Samad Minty.