PARIS (AFP) — La Conférence euro-africaine sur migration et développement réunie mardi à Paris a adopté un programme de coopération triennal consensuel, visant à encadrer la migration légale, contrecarrer l'immigration illégale et organiser le développement solidaire.
Depuis la première conférence euro-africaine de Rabat en juillet 2006, "nous sommes passés de la pomme de discorde à la volonté de relever collectivement le défi" des phénomènes migratoires, a déclaré le ministre français de l'Immigration Brice Hortefeux au cours de la conférence de presse finale en soulignant le "consensus total" sur le programme adopté "malgré la diversité des territoires".
Il s'agit, a expliqué le ministre, de "propositions concrètes, d'une panoplie d'une centaine de propositions dans lesquelles chacun pourra puiser".
Le triptyque retenu concerne l'organisation de la migration légale, la lutte contre l'immigration clandestine et la promotion de partenariats de développement.
La mesure la plus spectaculaire concernant l'immigration irrégulière propose de "lutter contre la fraude documentaire" courante dans certains pays africains, en ayant notamment recours à l'informatique et à la biométrie. Il est aussi proposé de "renforcer le contrôle aux frontières" en aidant à "la création de postes frontières communs".
La conférence préconise aussi d'"améliorer les réadmissions" dans les pays d'origine des clandestins expulsés d'Europe et de promouvoir les "retours volontaires" par des aides à la réinsertion.
Pour organiser la migration légale, la conférence veut la création ou le renforcement dans les pays d'origine d'"agences spécialisées en matière d'emploi" à l'instar du Cigem récemment installé à Bamako (Mali) et financé par l'Union européenne.
Le programme confirme aussi l'option européenne de l'immigration choisie en voulant privilégier l'accueil de "travailleurs hautement qualifiés" tout en "cherchant à prévenir la fuite des cerveaux".
En ce qui concerne le lien migration-développement, la conférence recommande d'"accompagner les politiques d'emploi et de développement économique et social des pays d'origine" et d'"améliorer la protection sociale des migrants" ainsi que de "faciliter la baisse des coûts de leurs transferts de fonds".
Ce programme de coopération devrait servir de base à des actions multilatérales et bilatérales.
Le consensus final des quelque 80 délégations avait pourtant été précédé dans la matinée par des critiques de plusieurs dirigeants africaines sur le Pacte européen sur l'immigration adopté à Bruxelles en octobre dernier.
Le ministre sénégalais de l'Intérieur Cheikh Tidiane Sy avait ainsi déclaré que ce pacte "est perçu comme une volonté des Européens de se bunkériser".
"Tant qu'il y aura des divergences entre une politique de migration européenne restrictive et les demandes des migrants, les flux d'immigration irrégulière continueront", avait pour sa part déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères Taïeb Fassi Fihri en rappelant que si "l'Europe ne doit pas être une passoire", ses besoins en main d'oeuvre s'élèveront cependant à quelque 30 millions de travailleurs en 2O30".
Le ministre burkinabé des Affaires étrangères Alain Bédouma Yoda avait lui aussi demandé d'"assouplir les conditions d'entrée" en Europe, sous peine de voir les mêmes problèmes perdurer.
A ces inquiétudes des partenaires africains, Brice Hortefeux n'a cessé d'affirmer que "l'objectif du pacte, c'est d'éviter une Europe bunker et une Europe passoire".
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