Elections prud'homales: le gouvernement à l'assaut de l'abstention

PARIS (AFP) — Le gouvernement lance une campagne pour inciter salariés et employeurs à voter lors des élections aux prud'hommes du 3 décembre, afin de contrecarrer la baisse continue de la participation, tombée de 63% à 33% en une trentaine d'années.

En 1979, lorsque pour la première fois, ont été élus les conseillers prud'homaux, juges non professionnels chargés de régler les litiges individuels du travail, le taux d'abstention s'élevait à 37%. En 1987, 54% des électeurs inscrits n'ont pas voté, un chiffre qui a grimpé à 67% lors des deux dernières élections, en 1997 et 2002.

"Quand on interroge les salariés, il sont neuf sur dix à vous dire que les prud'hommes, c'est important, mais quand on leur demande d'aller voter ils ne sont que trois sur dix à se déplacer", a constaté lundi le ministre du Travail Xavier Bertrand.

Dans un sondage IFOP-Libération de 2001, 96% des salariés jugeaient "nécessaires" les prud'hommes. Et neuf employeurs sur dix pensent que ces tribunaux sont "une institution utile au monde du travail", selon une enquête IFOP pour le ministère réalisée en avril auprès de 500 dirigeants d'entreprise.

Le ministre présentait à la presse, "dans la dernière ligne droite" avant le scrutin, une campagne de communication gouvernementale (télévision, radio, internet, presse), confiée à Publicis consultants, et bâtie sur un slogan: "quand on est pour, on vote pour".

Les électeurs pourront participer au scrutin dans les bureaux de vote traditionnels, à proximité de leurs lieux de travail. Ils pourront aussi voter par correspondance, avec le matériel de vote qui leur a été envoyé depuis ce week-end. Enfin, à Paris seulement, les électeurs peuvent voter par internet, entre le 19 et le 26 novembre.

Le pari de Xavier Bertrand de mettre "un terme au déclin de la participation" va être d'autant plus difficile à gagner que le corps électoral a fortement progressé depuis 2002, de 17 à 19 millions de personnes. L'inscription automatique des salariés a été améliorée et tous les demandeurs d'emploi ont été contactés pour qu'ils s'inscrivent.

Pour contrecarrer le risque de voir ces nouveaux électeurs s'abstenir par ignorance de leur droit à voter, ce qui diminuerait d'autant le taux de participation, le ministère a particulièrement ciblé sa campagne sur les jeunes, les demandeurs d'emploi et les travailleurs étrangers.

Les employeurs, en revanche, ont été 100.000 de moins à s'inscrire qu'il y a six ans. 408.000 électeurs inscrits sont des chefs d'entreprises et 110.000 des particuliers employant du personnel à domicile.

Le gouvernement a consacré 90 millions d'euros à l'organisation des élections prud'homales, dont près de 5 millions versés aux principales organisations syndicales et patronales, pour les aider à faire campagne.

Par delà la désignation des juges prud'hommaux, le scrutin constitue en effet un baromètre essentiel pour apprécier le rapport de forces syndicales, même si la nouvelle loi sur la représentativité syndicale prend comme référence les élections professionnelles dans les entreprises, pour lesquelles la participation est beaucoup plus importante: 63,8% en 2005-2006.

Lors des prud'homales de 2002, la CGT était arrivée en tête, avec 32,1% des voix, devant la CFDT (25,2%), Force Ouvrière (18,3%), la CFTC (9,7%), la CFE-CGC (7%), les syndicats autonomes de l'Unsa (5%), Solidaires -dont les syndicats Sud- (1,5%) et les listes diverses (1,3%).