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Meurtre de Fatima: les jeunes femmes du quartier saluent une "fille bien"

OULLINS (AFP) — Les jeunes femmes du quartier de la Saulaie à Oullins (Rhône), dans la banlieue de Lyon, d'où était originaire Fatima, 22 ans, tuée avant d'être brûlée dans une cave, ont salué vendredi une "fille bien, qui avait la joie de vivre".

Regroupées sur un pont à l'entrée de la commune, une petite centaine de jeunes femmes, se disant "amies", "copines de collèges" de Fatima ou "habitantes du quartier", ont souhaité rendre hommage à la jeune femme, d'origine algérienne, qui a été enterrée jeudi "en catimini".

Le frère de la victime, Mohammed, 17 ans, a été mis en examen pour homicide volontaire et écroué jeudi. Il est accusé d'avoir étranglé Fatima avant de brûler son corps. Muré dans le silence depuis son arrestation, le jeune garçon nie les faits.

"C'était une fille bien, elle aimait la vie, elle aimait danser, elle rigolait tout le temps", lâche Samira (le prénom a été changé à sa demande, ndlr), la meilleure amie de Fatima, qui arrive en pleurant, drapée dans un drapeau algérien.

Puis, tout à coup, s'énervant, elle s'exclame: "J'ai la haine, on se fait frapper parce qu'on est des femmes, c'est un quartier pourri". La jeune femme s'effondre, réconfortée par ses amies.

Elle raconte qu'elle est la dernière à avoir vue Fatima, deux heures avant sa mort. "Elle allait se fiancer, elle avait trouvé un travail", sanglote-t-elle.

D'autres jeunes filles du quartier affirment ne pas comprendre les raisons de l'assassinat de Fatima, ni encore "réaliser" sa mort. "Pour nous, elle n'est pas morte", assure Mélissa.

"C'est dramatique, inadmissible la façon dont elle est morte. C'est pire qu'horrible", lance Nora, 19 ans.

La présidente du mouvement Ni putes ni soumises (NPNS), Sihem Habchi, qui explique à l'AFP avoir été appelée par les amies de Fatima pour participer à ce rassemblement, estime qu'"être une femme libre dans ce pays, c'est difficile, et que Fatima en a payé le prix".

Mme Habchi, un tee-shirt de son association sur le dos, ajoute: "Entre les machos et les obscurantistes, il faut que les jeunes femmes continuent à avancer la tête haute, même si c'est dur de s'opposer".

Après quelques instants, les jeunes femmes décident d'entamer une marche silencieuse, bougies à la main, jusqu'à l'immeuble où a été retrouvé le corps de leur amie, le 1er juillet, par des pompiers venus éteindre un incendie de cave.

Des bouquets de fleurs fânent au pied de l'immeuble dont la façade porte encore la trace des flammes. Les jeunes femmes accrochent le drapeau algérien et déposent des bougies.

"C'était ma soeur, sur la Mecque, je ne t'oublierai pas !", dit Samira en tombant à genoux, des sanglots dans la voix. Plusieurs dizaines de jeunes femmes la rejoignent pour une courte prière.

Le rassemblement se disperse, des femmes lancent : "On se sent toutes concernées, elle se serait appelée Marie ou Françoise, on serait venues aussi car elle était du quartier".