Baie Shark
Présentation
Lieu : Australie, Océanie
Les habits isolés de la baie Shark, en Australie, abritent certaines des formes de vie les plus anciennes au monde.
Explorer les sites à proximité
Recommander cette page
Baie Shark
Située à l’extrémité ouest du continent australien, la baie Shark, avec ses îles et les terres qui l’entourent, possède trois caractéristiques naturelles exceptionnelles : ses vastes herbiers marins sont les plus étendus (4 800 km2) et les plus riches au monde en termes d’espèces, sa population de dugongs (11 000 environ), ainsi que ses stromatolites, colonies d’algues formant des monticules, qui font partie des plus anciennes formes de vie sur Terre.
L’arrière-pays de la baie Shark est principalement constitué de collines à faible pente, entrecoupées de birridas (marais salants). La baie Shark elle-même est une grande échancrure marine peu profonde, d’environ 13 000 km2, dans une zone profonde de 9 m en moyenne, entourée de différentes îles. L’eau océanique entre par le biais de canaux : Naturaliste Channel au nord et South Passage au sud.
La caractéristique la plus remarquable de ce site est sa variété de degrés de salinité. D’un niveau de salinité caractéristique des océans au nord et à l’ouest de la baie, l’eau devient métahaline voire hypersaline dans certaines zones. Ces différents niveaux de salinité expliquent la présence de trois zones biotiques exerçant une influence considérable sur la répartition des organismes marins dans la baie.
Pendant près de 3 000 millions d’années (soit 85 % de l’histoire de la vie), les microbes constituaient la seule trace de vie sur Terre. La seule preuve macroscopique de leur activité est préservée par les stromatolites, qui ont atteint leur plus haut niveau de diversité il y a 850 millions d’années. Les stromatolites renferment des informations sur la biologie des communautés microbiennes qui les ont créés et sur les environnements dans lesquels ils se sont développés. Ils dominaient les mers peu profondes et formaient d’imposantes zones de récifs comparables aux récifs coraliens actuels.
Même si l’importance des microbes n’a pas baissé, leur activité dans le cadre de la formation de structures organo-sédimentaires a quant à elle fléchi. Peu à peu, les microbes ont ainsi colonisé des niches dans des récifs construits par des organismes à croissance plus rapide ou d’autres positions au sein de ces organismes eux-mêmes. L’importance des stromatolites et autres microbialites a baissé tout au long de cette période, même s’ils restent très présents dans certains environnements tels qu’au havre Hamelin de la baie Shark, où la diversité biotique a été limitée, pour différentes raisons. Les stromatolites et les tapis microbiens du havre Hamelin furent les premiers exemples vivants récents à être considérés comme comparables à ceux qui peuplaient les mers à l’aube de la vie terrestre.
Ce type de similitudes avec les formes de vie actuelles se retrouve en abondance et de façon très variée du havre Hamelin.
Ces analogies nous permettent de mieux comprendre la nature et l’évolution de la biosphère terrestre jusqu’au Cambrien inférieur. Les stromatolites du havre Hamelin sont considérés comme un site de référence pour l’étude et la classification des microbiolites stromatolithiques, car la morphologie et la biologie d’êtres vivants variés peuvent y être étudiées à travers de nombreux environnements.
La région de la baie Shark est une zone importante d’un point de vue zoologique, principalement en raison des habitats isolés sur les péninsules et des îles isolées des perturbations survenues ailleurs. Parmi les 26 espèces de mammifères australiens en voie de disparition recensées, cinq sont présentes sur les îles Bernier et Dorre. Il s’agit de la bettongie de Lesueur, du wallaby-lièvre roux, du wallaby-lièvre rayé, de la souris d’Alice Springs et du bandicoot de Bougainville. La baie Shark possède une riche avifaune, qui englobe plus de 230 espèces, soit 35 % des espèces d’oiseaux recensées en Australie. Le site est renommé pour sa faune marine, qui comprend environ 11 000 dugongs, l’une des plus importantes au monde. Les baleines à bosse et les baleines franches australes utilisent la baie comme étape au cours de leur migration. Les tursiops sont présents dans la baie, et les tortues vertes et les caouannes nichent sur les plages. De grandes populations de requins sont observables facilement, notamment le requin nerveux, le requin-tigre et le requin-marteau. Les raies sont également présentes en abondance, notamment la raie manta.
Les plus anciennes traces d’occupation autochtone dans la baie Shark remontent à 22 000 années BP. La majeure partie de la région était alors constituée de terres sèches, l’élévation du niveau de la mer datant de 8 000 à 6 000 années BP. De très nombreux amas coquilliers aborigènes ont été découverts, en particulier sur la presqu’île Péron et sur l’île Dirk Hartog, ce qui prouve qu’une partie des ressources de l’eau et des terres proches étaient collectées pour l’alimentation. C’est l’aventurier anglais William Dampier qui a donné son nom à la baie Shark à la fin du XVIIe siècle. Ce site est celui du premier débarquement européen connu en Australie-Occidentale, avec la visite de Dirk Hartog en 1616, suivi par William Dampier en 1699.

