Arts & Culture

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Le Mont Saint-Michel, 13 siècles d'architecture

L'architecture de l'abbaye du Mont Saint-Michel est étroitement liée à l'histoire spirituelle et intellectuelle du monastère, elle-même interdépendante des événements politiques. 

La naissance d'une abbaye 
Le premier sanctuaire est, selon la tradition littéraire, fondé par saint Aubert, évêque d'Avranches, le 16 octobre 709 (ou 708). Installé là en 965 par le duc de Normandie, Richard Ier, Maynard, le premier abbé bénédictin du Mont, fait construire de nouveaux édifices à la place du sanctuaire primitif de saint Aubert. L'église Notre-Dame-sous-Terre est ainsi édifiée sur la pente ouest du rocher, peut-être à l'emplacement de l'ancien oratoire. Un second de lieu de culte est implanté au sommet du rocher.

Le premier sanctuaire édifié par Aubert a disparu mais il est possible que le double chevet de Notre-Dame-sous-Terre (Xe siècle) occupe son emplacement.

L'abbaye romane 
Aux alentours de l'an Mil, les moines projettent la construction d'une nouvelle église afin d'améliorer l'accueil des pèlerins mais aussi d'augmenter le prestige de l'abbaye. L'abbatiale est achevée en 1080. Avec ses 80 mètres de longueur elle est presque aussi grande qu'une cathédrale. 

Vers 1040, trois cryptes sont aménagées contre la pente afin de soutenir le chœur et les bras du transept de ce nouvel édifice. Notre-Dame-sous-Terre est elle aussi voûtée afin de supporter la nef.

Les bâtiments conventuels sont installés au nord avec la salle de l'Aquilon et le promenoir des moines.

La Merveille
En 1204, lors du rattachement du duché de Normandie au royaume de France, l’abbaye est incendiée par les troupes bretonnes alliées au roi de France, Philippe-Auguste. Le roi, soucieux de se racheter, fait alors une importante donation pour la reconstruction des bâtiments incendiés. Cet événement marque le début de la construction de l’ensemble gothique appelé « la Merveille », achevé en 1228 sous l'abbatiat de Raoul II des Isles. Un autre abbé du XIIIe siècle, Richard Turstin, fait construire la porterie et la Belle-Chaise, adossées au chœur de l'église abbatiale.

La Merveille est un ensemble gothique qui se compose de deux bâtiments adossés au versant septentrional du rocher sur trois niveaux.

Sa partie orientale abrite l'aumônerie, la salle des hôtes et le réfectoire.

Sa partie occidentale se compose du cellier, de la salle des chevaliers et du cloître.

L'abbaye fortifiée
Le Mont est naturellement devenu une place forte. Avec sa hauteur de 80 mètres, il offre un point d’observation qui commande une baie dégagée de tout obstacle. Un assaillant éventuel ne peut donc pas jouer sur l’effet de surprise alors même qu’il subit les assauts de la mer. En outre, il se situe sur une frontière, entre la Normandie et la Bretagne, puis entre les couronnes de France et d’Angleterre. Probablement déjà fortifiée par les ducs de Normandie, l'abbaye connaît de nouveaux travaux de fortifications après l'incendie de 1204. Ces derniers sont encore accentués durant la guerre Cent Ans car le Mont est alors la seule place forte normande à résister aux Anglais.

Au XIVe siècle, face à la menace anglaise, le monastère est fortifié. Le châtelet est édifié afin de protéger l'entrée de l'abbaye.

Outre le châtelet et sa barbacane, l'abbé Pierre Le Roy (1386-1411) enrichit le système de défense de l'abbaye.

Il fait construire la Tour Perrine ainsi que la Tour Claudine, ici figurées par les lettres M et Q.

Le système défensif du village est lui aussi renforcé.

Vers 1430, nommé à la tête de la garnison française, Louis d'Estouteville élève probablement la porte du Roi marquée ici par lettre P.

La porte du Roi de nos jours

En 1441, il renforce le rempart constitué des dehors des maisons par des courtines de pierre permettant aux défenseurs de se mouvoir sur ce chemin de ronde.

Du déclin au renouveau
A partir du XVIe siècle, le monument entame une période de déclin. Au XIXe siècle, après l'expulsion des moines par les révolutionnaires, l'abbaye est progressivement transformée en prison. En 1834, elle subit un terrible incendie. Le monastère connaît un renouveau avec l’arrivée de l’architecte des monuments historiques, Édouard Corroyer, à partir de 1872, puis de ses successeurs : Victor Petitgrand, de 1888 à 1893, Paul Gout, de 1894 à 1923,  Pierre Paquet, de 1923 à 1929, Bernard Haubold, de 1929 à 1933, Ernest Herpe, de 1933 à 1957 et Yves-Marie Froidevaux, de 1957 à 1983. 

Jusqu’en 1888, Édouard Corroyer restaure les parties romanes ainsi que le cloître, le réfectoire et le transept de l’abbatiale.

C'est à l'occasion de ces travaux que l'architecte découvre les tombes de deux abbés du XIIe siècle, Robert de Torigni et Martin de Furmendi.

Lors de sa mission au Mont Saint-Michel, Édouard Corroyer produit des plans, des photographies et des rapports mis en ligne par les Archives de la Manche.

De 1888 à 1893, son successeur, Victor Petitgrand reconstruit entièrement la croisée du transept de l'église abbatiale en la coiffant d'une tour de style néo-roman.

Cette même tour qu'il coiffe qu'une statue de l'archange saint Michel réalisée par le sculpteur Emmanuel Frémiet.

Patrimoine mondial de l'humanité depuis 1979, le Mont Saint-Michel et son abbaye accueillent de nos jours des millions de visiteurs attirés par cette architecture exceptionnelle.

Archives départementales de la Manche
Credits: Exhibit

Une exposition présentée par le Conseil départemental de la Manche (direction des archives départementales)


Documentation :
Archives départementales de la Manche
Réalisation et textes :
Jérémie Halais

sous la direction de Jean-Baptiste Auzel, conservateur en chef, directeur des archives départementales de la Manche

Credits: All media
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