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Le Mont Saint-Michel, 13 siècles entre légendes et spiritualité

Souvent qualifié de merveille, preuve de son incontestable originalité architecturale, le Mont Saint-Michel est entouré dès sa création de plusieurs légendes. Il est aussi depuis l'Antiquité et jusqu'à nos jours un haut lieu de spiritualité et de pèlerinages.

Une fondation légendaire
Le plus ancien texte sur les origines du Mont Saint-Michel, la "Revelatio ecclesiae sancti Michaelis" (IXe siècle), nous enseigne la légendaire fondation du lieu. Au début du VIIIe siècle, saint Michel apparaît à trois reprises en songe à Aubert, évêque d’Avranches, pour lui demander de bâtir un sanctuaire. Excédé par les refus répétés du prélat, l’Archange lui aurait transpercé le crâne de son doigt. A la suite de ces apparitions, le prélat aurait aménagé le premier sanctuaire. La "Revelatio" raconte encore qu'après la fondation, Aubert envoie des messagers au Mont Gargan (Italie) afin d'établir des relations charitables entre les deux sanctuaires. Lorsqu'ils reviennent au Mont les messagers découvrent un oratoire achevé alors qu'ils avaient quitté un "un endroit rempli de broussailles". Cette phrase est peut-être à l'origine de la mythique forêt de Scissy. Une mauvaise traduction (XVe s.) aurait transformé les broussailles en une épaisse végétation emportée par un miraculeux raz-de-marée.

Avant l'ère chrétienne, le Mont était probablement déjà un lieu de culte. D'après La revelatio, les populations environnantes le nomment alors le Mont Tombe.

Au début du XIe siècle, les moines découvrent les restes d'un squelette caché dans les combles d'une cellule de moines, restes miraculeusement identifiés comme ceux de saint Aubert.

La relique du crâne de saint Aubert conservée à Avranches garderait toujours la trace de cette miraculeuse trépanation.

Au XVe siècle, l'historiographie établit une confusion entre le défrichement du Mont et la disparition de la forêt mythique de Scissy qui aurait été recouverte en 709 par un raz-de-marée.

Un lieu de légendes dédié à Saint Michel
Durant l'Antiquité et selon la tradition, le lieu est appelé le Mont Tombe par les populations environnantes. Il est certainement déjà un lieu de culte entouré de légendes. Avec la diffusion du christianisme, le Mont est dédié au culte de l'archange Saint Michel. Originaire d'Orient, ce culte se propage dans l'Empire Byzantin puis gagne l'Italie et le reste de l'Europe au Ve siècle. Les endroits élevés, comme le Monte Gargano dans les Pouilles, ou les grottes sont souvent choisis comme sanctuaires à Saint Michel.

Selon l’Apocalypse de Jean, l’archange saint Michel est un combattant victorieux des anges rebelles emmenés par Satan et représenté sous la forme d’un dragon.

L’archange saint Michel est dit « psychopompe », un guide qui conduit les âmes vers Dieu.

Il est également dit « psychostase » c'est-à-dire chargé de peser les âmes au moment du Jugement dernier. Il est alors l'ange du passage dans l'au-delà, représenté avec une balance.

Les pèlerins du Mont
Les hommes et les femmes du Moyen Âge vivent dans un monde où le fait religieux est omniprésent. Tous les actes de la vie quotidienne trouvent un sens divin. Or, certains lieux comme le Mont Saint-Michel s'élevant vers le ciel, difficiles d'accès, préservés et donc associés à la pureté, conservant des reliques prestigieuses, constituent des endroits privilégiés, où solliciter les forces divines. Pour ces raisons, le Mont accueille ses premiers pèlerins peu de temps après sa fondation. La première trace d'un pèlerinage au Mont date de 868. Les textes citent un moine Bernard arrivé au Mont après un voyage au Mont Gargan (autre site michaelien situé en Italie), à Jérusalem et à Rome.

La tradition de la vente de souvenirs au Mont Saint-Michel est héritée du commerce d'enseignes c'est-à-dire des petits objets religieux vendus aux pèlerins du Moyen Âge.

Cette représentation du XVe siècle évoque le souvenir d'un célèbre miracle survenu au Mont Saint-Michel lors d'un pèlerinage.

En 1011, une femme enceinte, originaire de Lisieux, venue en pèlerinage au Mont, aurait été épargnée par la marée montante durant l'enfantement grâce à l'intervention de la Vierge.

Au Moyen Âge et au début de la période moderne, nombreux sont les rois de France à y faire un pèlerinage, Saint Louis, Philippe le Bel, Louis XI et enfin François Ier.

A partir de la guerre de Cent Ans et la résistance du Mont face aux Anglais, Saint Michel devient le protecteur de la France. Il serait apparu à Jeanne d'Arc pour l'encourager à délivrer le royaume.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les archives conservent la trace de pèlerinages d'adolescents venus, chaque année, de toutes les provinces du royaume.

Déclin et renouveau spirituel (XIXe-XXe siècles)
Avec la Révolution française, les moines sont expulsés et l'abbaye est transformée en prison. Il faut attendre 1863 et la fermeture de cette dernière pour qu'une nouvelle communauté religieuse vienne s'y installer et que les pèlerinages reprennent. En 1867, 6 missionnaires de la congrégation des pères de Saint-Edme de Pontigny s'y installent et, le 3 juillet 1877, le couronnement de la statue de saint Michel est l'occasion d'une grande cérémonie à laquelle 25 000 pèlerins assistent.

A la fermeture de la prison, en 1863, Monseigneur Jean-Pierre Bravard saisit l'occasion pour restituer à l'abbaye son caractère religieux et spirituel.

A la fin du XIXe siècle, comme pour effacer le traumatisme de la défaite de 1870, l'église encourage le renouveau du culte à l'archange saint Michel, protecteur et défenseur de la France.

Les fêtes du douzième centenaire du Mont Saint-Michel, qui se déroulent du 29 septembre 1908 au 16 octobre 1909, sont spectaculaires et attirent des dizaines de milliers de pèlerins.

L'engouement populaire pour les légendes montoises
A partir du XIXe siècle, les romantiques sont inspirés par les légendes et les mythes qui entourent le Mont Saint-Michel. Le monument suscite l'intérêt de ses auteurs ou artistes qui redécouvrent le Moyen Âge. Dès 1836, Victor Hugo décrit son architecture pour laquelle "il faudrait entasser les superlatifs d'admiration comme les hommes ont entassé les édifices sur les rochers". Dans La légende du Mont Saint-Michel (1883), Maupassant écrit : "Je l'avais vu [...] ce château de fées planté dans la mer [...] comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve". Au XXe siècle, avec le développement touristique, les mystères du monument rencontrent les faveurs de la culture populaire comme en attestent les nombreux romans qui le prennent comme décor. 

Les ouvrages de Paul Féval, La fée des grèves (1850) et Les Merveilles du Mont Saint-Michel (1879), sont deux parfaits exemples de l'engouement populaire pour les mythes montois.

Le mythe de l'enlisé est certainement celui qui rencontre le plus de succès à l'époque contemporaine. Il inspire ainsi un roman de Jean-Joseph Renaud (1907) et le premier film tourné au Mont (1909).

Dans un passage célèbre des Misérables, Victor Hugo raconte l'agonie de cet homme "dont le sable atteint [...] la poitrine", "élève les mains [...]" et "crispe ses ongles sur la grève".

Une communauté bénédictine s'installe à nouveau à l'abbaye en 1966. En 2001, les Fraternités monastiques de Jérusalem leur succèdent.

Archives départementales de la Manche
Credits: Exhibit

Une exposition présentée par le Conseil départemental de la Manche (direction des archives départementales)


Documentation :
Archives départementales de la Manche
Réalisation et textes :
Jérémie Halais

sous la direction de Jean-Baptiste Auzel, conservateur en chef, directeur des archives départementales de la Manche

Credits: All media
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