Arts & Culture

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2015

Les Justes parmi les Nations de Saint-Amand-Montrond 

“ Quiconque sauve une vie, sauve l'univers tout entier ! ”
15/12/2015

La réalisation de cette exposition numérique consacrée aux Justes parmi les Nations de Saint-Amand-Montrond a été menée sous la responsabilité du Comité Français pour Yad Vashem, dans le cadre du projet “Villes et villages des Justes de France”.

Saint-Amand-Montrond et sa région présentent un très grand intérêt du point de vue historique car les événements survenus dans cette partie du Berry pendant la dernière guerre ont été divers et nombreux. L'arrondissement de Saint-Amand-Montrond était constitué de la partie non occupée du département du Cher, au sud de la ligne de démarcation.

Beaucoup de Juifs se sont réfugiés ou cachés-là. Certains y ont été arrêtés, la plupart pour être déportés ensuite sans retour. Quelques-uns y ont connu une mort tragique comme ceux que la Milice et la Gestapo ont sauvagement assassinés en juillet et août 1944 aux abords de Bourges, dans les puits de Guerry.

Ainsi, des événements survenus à Saint-Amand-Montrond pendant la phase qui a précédé la Libération ont parfois eu un prolongement ailleurs dans le département, notamment à Bourges où la Gestapo et ses agents étaient particulièrement actifs. Il est vrai que de nombreuses actions de résistance civile et militaire ont été menées dans le Cher, et en tout premier lieu dans la région Saint-Amandoise où plusieurs personnes ayant sauvé des Juifs ont reçu le titre de “Juste parmi les Nations”.

Thierry Vinçon Maire de Saint-Amand Montrond devant le mur des "Justes parmi les Nations"  à Yad Vashem - Jérusalem

QUELQUES MOTS DU MAIRE...

J’ai choisi d’honorer et de présenter les Justes parmi les Nations du Cher et de Saint-Amand-Montrond afin de redonner à notre ville la fierté de son passé.

Cette exposition numérique est le témoin moderne de notre histoire. Un repère de l’histoire de ces enfants, de ces femmes et des ces hommes qui ont sauvé des vies, au péril de la leur.

En honorant les Justes parmi les Nations, nous voulons rappeler ce choix entre l’honneur et le déshonneur qu’ont fait de nombreux Français.

Il nous faut réaffirmer nos valeurs séculaires, comme les Justes hier, pour combattre les principales menaces contre l’homme et contre la vie que sont l’ignorance,  l’hypocrisie, l’égoïsme et la “nuit”, ce silence qui veut détruire l’être et gommer l’humanité.

Il nous faut crier.

Crier notre idéal de partage, de justice, de vérité et d’amour.

La mémoire de ces peuples, de ce peuple, s’est creusée au fil de l’histoire et s’est construite patiemment sans rien en perdre.

“Un peuple qui oublie son histoire est condamné à la revivre”, disait Primo Lévi.

Je souhaite que cette exposition numérique enseigne à tous la voie du courage et de la liberté.

LE CONCEPT DE “JUSTE PARMI LES NATIONS”.

“Quiconque sauve une vie sauve l’humanité toute entière”

En 1953 est créé à Jérusalem un mémorial des martyrs et des héros de la Shoah : YAD VASHEM.

“Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (YAD) et un nom ( SHEM) qui ne seront pas effacés” (Isaïe 56,5)

Depuis 1963, une commission présidée par un juge de la Cour Suprême de l’état d’Israël attribue le titre de “Juste parmi les Nations” à des personnes non juives qui ont aidé, au péril de leur vie, des juifs persécutés pendant la seconde guerre mondiale.

C’est la plus haute distinction civile décernée par l’état d’Israël.

L'allée des "Justes parmi les Nations" à l'institut Yad Vashem de Jérusalem

SAUVEURS ET SAUVETAGE.

Au 1er janvier 2015, 3853  “Justes parmi Les Nations” en France ont été reconnus.

Mais nombre de sauveurs sont restés anonymes et le demeureront. Ils sont de toutes origines sociales et de toutes croyances. Beaucoup appartiennent au monde rural. On en trouve partout en France, mais ils sont plus nombreux dans le Centre, le Sud et le Sud Est. Les sauveurs protestants sont surreprésentés.

Les formes d’entraide et de sauvetage furent multiples : 

accueil d’enfants ou de famille chez soi, placements dans des institutions religieuses ou laïques, fourniture de faux papiers, organisation de passages clandestins en Suisse etc…

Médaille face 1
Médaille face 2
Diplôme d'honneur calligraphié

UNE RECONNAISSANCE TARDIVE.

La reconnaissance du rôle des  “Justes” par la Nation est assez récente.

En 1997 un mémorial des Justes de France est édifié à Thonon les Bains.

En 2000, le 16 juillet est instaurée une journée nationale en mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat Français et en hommage aux Justes de France.

En 2001, la ville de Paris a inauguré  l'allée des “Justes” à côté du Mémorial de la Shoah.

Là, en 2006, ont été inscrits les noms des Justes de France.

En Janvier 2007, le Président Chirac leur a rendu officiellement hommage et une plaque a été apposée dans la crypte du Panthéon:

”Sous la chape de haine et de nuit tombée sur la France dans les années d’occupation, des lumières, par milliers, refusèrent de s’éteindre. Nommés Justes parmi les Nations ou restés anonymes, des femmes et des hommes de toutes origines et de toutes conditions ont sauvé des Juifs des persécutions antisémites et des camps d’extermination. Bravant les risques encourus, ils ont incarné l’honneur de la France, ses valeurs de justice, de tolérance et d’humanité".

Simone VEIL

Cérémonie au Panthéon en 2007
Plaque au Panthéon

LES JUSTES DE SAINT-AMAND-MONTROND 

ET DE SON ARRONDISSEMENT.

Face aux persécutions : de l'indifférence à la solidarité.

Longtemps indifférente au sort des Juifs en France, l’opinion publique évolue à la suite des rafles de l’été 1942 (Vel d’Hiv). Les prises de position d’une partie de l'épiscopat favorisent l’émergence de la solidarité envers les juifs persécutés. Des organisations juives aidées par des non juifs mettent en place les premières filières clandestines de sauvetage des enfants.

A Saint-Amand-Montrond et dans le sud du Cher, de nombreuses personnes viennent en aide aux juifs.

Quinze personnes ont, à ce jour, reçu le titre de “Juste parmi les Nations”.

Portrait des 'Justes parmi les Nations" de Saint-Amant-Montrond

En dehors du couple Laneurie qui résidait à Saint-Amand-Montrond, tous appartenaient au monde rural. Presque tous étaient catholiques pratiquants et possédaient une famille nombreuse. 

Ils connaissaient l’identité de ceux qu’ils cachaient et étaient conscients des risques encourus. De plus, des chaînes de solidarité se sont mises en place pour organiser des solutions de repli. 

Plusieurs dizaines de juifs ont été sauvé grâce à la générosité et  au courage de  sauveurs restés à ce jour anonymes (ex : ville de Chateaumeillant).

Plusieurs de ces familles  soutenaient la Résistance. Les Boissery, les Fagnot, les Bauger approvisionnaient les maquisards. Certains de leurs fils participèrent aux combats de la libération.

Stéle en hommage aux Justes parmi les Nations
Pierre-Aimée Laneurie

Pierre-Aimée LANEURIE (1901-1971) et Juliette LANEURIE, née BRUNET (1904-1993) reconnus “Juste parmi les Nations” en novembre 1992.

Habitants de Saint-Amand-Montrond, Juliette et Pierre LANEURIE ne peuvent avoir d’enfant. Fin 1942, ils décident d’en adopter un. Ils s’adressent à une maison d’enfants, installée à Montbeton près de Montauban, qui cache des enfants juifs venant de Paris. Au printemps 1943, ils adoptent le petit Jean-Yves, âgé de 3 ans et demi. Il est le fils de juifs parisiens dont on ignore le sort. Ils le font baptiser par l’Archiprêtre DOUCET qui connaît ses origines .

Ainsi préservé, il sera élevé avec beaucoup d’amour.

Jean-Yves Laneurie lors de sa communion
Juliette Laneurie

Henriette FAGNOT, née LESAGE (1910 -1999) et Maurice FAGNOT (1914-2003)

Reconnus “Juste parmi les Nations” le 26 mars 1997.

Monique ASHER avait 4 ans quand son père Salomon fut arrêté lors de la rafle du “billet vert” le 14 mai 1941, menée par la police française. Déporté à Auschwitz par le convoi n°4, il survivra.

Restée avec sa mère, Chana, dans leur appartement du 27 rue de Maubeuge à Paris, elles bénéficieront d’une chaîne de solidarité de leur voisinage.

Grâce à une concierge, Monique est accueillie par les LESAGE qui habitent Draveil. Leur fille Henriette l’emmène avec elle à Chaumont, commune de Saint-Amand-Montrond où elle rejoint son mari Maurice. Le couple gardera l’enfant pendant deux ans.

Chana, engagée dans la Résistance, a pu venir la voir grâce à une sœur d’Henriette qui lui prêtait sa carte d’identité.

Monique Ascher avec Henriette et Maurice Fagnot et Marie-Thérèse la soeur de Henriette

Etienne BOISSERY (1883-1964), sa femme Marie (1888-1974), leurs filles Annette (1913-2001) et Pierrette (1919- 2006), reconnus  “Juste parmi les Nation” le 20 juin 2001.

Fin 1940 André et Claudine GUGENHEIM s’installent à Saint-Amand -Montrond où ils gèrent une affaire de cuir créée par leurs oncles André et Georges JUDA. Ils auront deux filles, Anne et Nicole, âgées, en 1943, de 5 et 2 ans. Après la rafle du 23 février 1943, Claudine et ses filles se cachent au château des Barres dans la commune de Bessais-le–Fromental à 14 km de Saint-Amand-Montrond. André part au Maroc s’engager dans les Forces Française Libres

En mars 1944, les petites, munies de faux papiers et devenues Rose et Nicole GRAVIER, sont confiées aux BOISSERY dont la ferme est située au hameau de la Gossonnière à Saint-Aignan-des-Noyers, arrondissement de Saint-Amand-Montrond.

Elles seront choyées et protégées par la famille BOISSERY. Leur fils aîné, Louis est prisonnier de guerre. 

Début juin 1944, Claudine pourra échapper à la Milice et trouvera refuge dans des fermes. Le 29 juin 1944, la famille JUDA sera arrêtée et massacrée dans les puits de Guerry.

Marie Boissery
Etienne Boissery
Etienne Boissery et Nicole en promenade

Germaine VIGNE (1912-1972)

Reconnue “Juste parmi les Nations” le 9 octobre 2003.

Jankiel Langmann et son épouse Chana, quittent Paris à la déclaration de guerre et s’installent à Gracay avec leurs enfants. Jankiel travaille chez un tailleur, Chana est employée de ferme.

En 1943, Jankiel retourne à Paris. Arrêté et interné à Drancy, il réussira, en septembre, à éviter la déportation en s'échappant du convoi 59.

Un jour d’été, la Gestapo et les gendarmes viennent arrêter Chana et ses enfants, Dora 9 ans, Raymond 7 ans et Lucien 18 mois. Elle parvient à s’échapper par le fond du jardin, frappe à plusieurs portes dans le village. Seule Germaine Vigne  lui ouvre sa maison et la cache plusieurs semaines, prenant des risques pour sa famille. Les enfants sont laissés libres.

La Gestapo et les gendarmes avaient conclu que Chana s’était jetée dans le puits.

Germaine Vigne

Hélène ZEMMOUR, née CORNU

Reconnue  "Juste parmi les Nations” le 22 novembre 2009.

En juillet 1942, Maurice MENDELSWEIG (35 ans) et sa femme Fanny (32 ans), fourreurs à domicile à Villers-sur-Marne sont arrêtés, puis déportés par le convoi 37.

Restés seuls, leurs enfants, Georges 11 ans et Jeannine 5 ans sont confiés par leur oncle Jacques à une famille de Villers-sur-Marne. Puis il décide de les envoyer en zone sud avec sa mère Léa.

Une voisine et amie de Léa les conduit chez une cousine, Hélène CORNU qui habite Massoeuvre, hameau de Saint-Florent-du-Cher. Mariée à Charles ZEMMOUR, juif né en Algérie, résistant et enceinte de son septième enfant, Hélène les gardera chez elle jusqu'en septembre 1944. Par commodité, Léa dormait dans le café-épicerie de la famille MARTIN.

Hélène Zemmour
Camille et Marie Guillaumin et leur fille Madeleine
Edmond Bauger

Edmond (1898-1984) et Germaine BAUGER(1905-1991)

Camille (1900-1991) et Marie GUILLAUMIN (1913-1995)

Reconnus “Juste parmi les Nations” le 8 mai 2012.

Ces deux familles vont sauver l’unique rescapé du massacre des puits de Guerry perpétré le 24 juillet 1944, Charles KRAMEISEN.

Charles KRAMEISEN réussit à s’échapper du groupe de prisonniers emmenés vers les puits. Blessé, rampant dans les fourrés, il arrive à la ferme des GUILLAUMIN, située à Savigny- en-Cheftaine, à quelques kilomètres des puits. Parents de huit enfants, les fermiers l’abritent et le soignent pendant trois jours.

Habillé en ouvrier agricole, Charles rejoint ensuite la ferme des  BAUGER, parents de trois enfants, qu’il connaît. Située à Las, lieu dit de Charenton-sur-Cher, la ferme est isolée. Il y restera caché jusqu’à la libération avec un autre couple, le docteur WEINBERG de Bourges et sa femme alors enceinte.

Les enfants de Charles, Amélie et Henri étaient cachés. Leur mère, Marthe, a été assassinée le 8 août 1944 et son corps jeté dans le puits de Guerry n°2.

Germaine Bauger

Jacques BOULDOIRE : reconnu  “Juste parmi les Nations”  le 27 novembre 2013.

Simon et Ruchla LEWKOWICZ s’installent à Soissons en 1932 et y ouvrent deux commerces de vêtements.

En 1941, leur fille aînée, Germaine née en 1923, épouse Jacques BOULDOIRE.

Le 17 juillet 1942, Simon et Ruchla sont arrêtés par des gendarmes français. Jacques prend en charge les six frères et sœurs de sa femme, âgés de deux à 13 ans, les place chez ses parents, et organise leur départ en zone libre à Saint-Amand-Montrond.

Le jeune couple y loue et dirige un petit hôtel où vivra toute la famille. Il accueillera une autre famille juive, les AROUETE.

Après l’occupation de la zone libre, Jacques place les enfants dans une institution catholique dans l’Allier. Germaine se cache chez des villageois de Châteaumeilllant.

Jacques Bouldoire

LA LIGNE DE DÉMARCATION, VÉRITABLE FRONTIÈRE.

Dès juillet 1940, elle sépare la zone occupée, au Nord, de la zone libre placée sous l’autorité du gouvernement de Vichy. Dans les deux zones, les préfets veillent à l’application du “Statut des juifs” mis en place par le gouvernement de Vichy dès l’automne 1940. Située à environ 200 km de Paris, elle traverse le département du Cher. L’arrondissement de Saint-Amand-Montrond, agrandi de quelques communes est en zone libre. La sous-préfecture de Saint-Amand ne dépend plus de Bourges mais de Limoges. L'arrondissement de Saint-Amand-Montrond est une zone-refuge. De nombreux juifs tentent de passer la ligne de démarcation. La commune accueille des juifs originaires d’Europe Centrale, d’Alsace, de Moselle, et de la région parisienne. Ils sont, en général bien accueillis. En 1940, la ligne de démarcation sépare la zone occupée, au Nord, de la zone libre placée sous l’autorité du gouvernement de Vichy.

LA POLITIQUE ANTISÉMITE DE VICHY À SAINT-AMAND-MONTROND.

L’État français impose un recensement des juifs. Fin 1941, il y avait officiellement 519 juifs dans la zone libre du Cher dont 206 étrangers.

En juin 1942, un deuxième recensement est organisé. Fin 1942, la mention “juif” est portée sur les cartes d’identité et d’alimentation.

Les juifs étrangers sont arrêtés dès l’été 1942.

Beaucoup de juifs échappent aux arrestations avec l’aide  d’une partie de la population.

Dès juillet 1942, des accords avec l’occupant prévoient la participation des gendarmes et policiers français dans la traque et l’arrestation des juifs.

Deux rafles sont menées par la police française en zone libre en août 1942, puis en février 1943. Dans l’arrondissement, le 26 août, 37 hommes, femmes et enfants sont arrêtés de nuit.

14 juifs de Saint-Amand-Montrond sont déportés et ne reviendront pas.

La préfecture de Limoges totalise 876 arrestations sur 1300 prévues.

Au total, entre 1942 et 1944, 62 juifs de l’arrondissement de Saint-Amand-Montrond seront déportés.

LA TRAGÉDIE DES PUITS DE GUERRY. 

Un événement majeur de la Shoah en France.

Les puits de Guerry, près de Bourges, sont et demeurent dans la conscience collective un édifiant témoignage de la barbarie nazie et un événement majeur de la Shoah en France. 

S’il y a eu d’autres massacres comme celui de Bron (près de Lyon) en août 1944, où 109 personnes, toutes juives, ont trouvé la mort, le mode d’exécution sur le site de Guerry n’en reste pas moins unique. En effet, les victimes y ont été précipitées, parfois vivantes, dans des puits. Ces hommes, ces femmes et ces adolescents, 36 au total, sont morts assassinés parce que juifs. 

C’est pour cette raison qu’il s’agit  d’un crime contre l’Humanité. Il a été perpétré entre le 24 juillet et le 8 août 1944, quelques semaines avant la libération du département du Cher. Ces exécutions sommaires sont liées à des événements survenus à Saint-Amand-Montrond plusieurs semaines auparavant.

Le 6 juin 1944, des maquisards libèrent Saint-Amand-Montrond et capturent 13 miliciens ainsi que l’épouse du Secrétaire Général de la Milice.

Le 8 juin, en représailles, une vingtaine de civils et résistants sont exécutés.

Après l’élimination par la Résistance, le 28 juin, du milicien Philippe HENRIOT, la Milice se livre à des exactions meurtrières et, à Saint-Amand-Montrond, une rafle a lieu dans la nuit du 21 au 22 juillet.

70 juifs sont emprisonnés. Le 24 juillet, 25 hommes sont jetés vivants pour la plupart dans l’un des puits; le 26 juillet, 3 hommes sont jetés dans un autre puits et le 8 août, 8 femmes.

Seul un homme parviendra à s’échapper, Charles KRAMEISEN.

LES MASSACRES.

L’opération est menée conjointement par la Milice locale sous les ordres de LÉCUSSAN et la Gestapo de Bourges dirigée par Erich HASSE. Le gestapiste et tortionnaire français Pierre-Marie PAOLI y participe également. Au total, 67 Juifs (enfants et adultes) sont raflés. Comme quatre membres d’une même famille avaient déjà été arrêtés auparavant (la famille JUDA) et qu’une évasion a eu lieu, ce sont finalement 70 captifs que l’on conduit au Bordiot, la prison de Bourges.

À cette date, les Allemands n’ont semble-t-il plus la possibilité matérielle de les transférer à Drancy. Erich HASSE reçoit alors de sa hiérarchie basée à Orléans l’ordre de les “liquider” sans laisser de trace.

Cette action va se dérouler en trois temps. Le 24 juillet, 26 hommes sont extraits du Bordiot et conduits sur le lieu d’exécution, une ferme abandonnée où il y a des puits très profonds. Celle-ci se trouve au milieu des bois, au lieu-dit Guerry, dans la commune de Savigny-en-Septaine. 

Un membre du groupe, Charles KRAMEISEN, parvient à s’enfuir. il sera le seul survivant du massacre. Les autres sont jetés, vivants pour la plupart, dans l’un des puits de la ferme. Deux jours plus tard, trois autres hommes sont assassinés de manière semblable mais dans un autre puits. Le 8 août, 8 femmes sans enfants y seront à leur tour précipitées. Les effets personnels des victimes sont jetés au fur et à mesure dans un troisième puits. Les meurtriers parachèvent leur crime en faisant tomber des sacs de ciment et des grosses pierres sur les corps afin de les écraser et de masquer leur présence. 

Au total, 36 hommes et femmes âgés de 16 à 85 ans, tous juifs, sont assassinés sur ce site. Seize d’entre eux étaient des réfugiés d’Alsace-Lorraine qui résidaient à Saint-Amand-Montrond ou dans ses environs, certains depuis 1939. 

Seules trois des victimes avaient été arrêtées ailleurs qu’à Saint-Amand-Montrond.

LA DÉCOUVERTE DU CRIME.

Bourges est libéré le 6 septembre 1944. Charles KRAMEISEN témoigne du massacre. Le site sera identifié vers la mi-octobre. L’armée américaine filme l’exhumation des corps.

Le 3 novembre un premier hommage est rendu aux victimes juives à Saint-Amand-Montrond.

Le 24 juillet 1994, un autre mémorial est inauguré.

Depuis 1996, le site des puits de Guerry est classé à l’inventaire des monuments historiques du Cher.

Découverte des puits
Charles Krameisen, seul survivant de la tragédie des puits de Guerry

GUERRY ET SAINT-AMAND-MONTROND, UNE MÉMOIRE LIEE.

La toute première manifestation mémorielle consacrée aux victimes des puits de Guerry a lieu dès le 3 novembre 1944, à l’initiative de la ville de Saint-Amand-Montrond et du Comité Berrichon du souvenir et de la reconnaissance (CBSR). À cette occasion, 27 cercueils amenés de Bourges sont installés dans une chapelle ardente où un hommage est rendu aux martyrs juifs puis aux morts de la Résistance. L’année suivante, en juillet 1945, une cérémonie de recueillement se tient au cimetière de Saint-Amand-Montrond. 

Cette même année, le CBSR, dont le rôle a été déterminant dans la découverte du lieu du massacre, publie une brochure qui est restée depuis un document de référence. Illustrée par des photos de l’exhumation des corps et intitulée “La tragédie des puits de Guerry”, elle inscrit cette tuerie dans l’historiographie de la période de l’occupation et dans celle de la Shoah en France. Les procès de certains responsables, notamment ceux de LÉCUSSAN et de PAOLI, tous les deux condamnés à mort en 1946, ont aussi permis de mieux connaître les faits.

L'IMPOSSIBLE OUBLI.

Depuis cette période, une cérémonie est organisée chaque année à Savigny-en-Septaine sur le lieu du massacre. Un mémorial avec le nom des victimes y est édifié en 1994, à l’occasion du cinquantenaire. Il est l’œuvre de Georges JEAN CLOS. Cet artiste de grande notoriété est le neveu de l’une des victimes, Pierre JANKELOWITSCH.

Parallèlement, Saint-Amand-Montrond, ville où les martyrs de Guerry avaient été arrêtés, érige aussi un mémorial en leur hommage. Ce monument, concomitant à celui des fusillés, est inauguré le 24  juillet 1994 par Serge VINÇON, élu qui avait succédé à Maurice PAPON à la tête de la mairie.

Deux ans plus tard, en 1996, le site des puits fait l’objet d’un classement à l’inventaire des Monuments historiques du département du Cher. Plus récemment, en 2005, ce crime contre l’Humanité constitue l’un des principaux sujets d’un important colloque intitulé “La répression en France à l’été 1944”, organisé conjointement par la Fondation de la Résistance et la ville de Saint-Amand-Montrond.

MILICIENS ET GESTAPISTES FRANÇAIS.

À la pointe de la collaboration.

Les forces de répression dans le Cher et à Saint-Amand à partir de la mi-1943:

La police française est de moins en moins active dans la traque des Juifs, au contraire de l'occupant. La chasse aux Juifs et aux résistants est menée principalement par le SD (Sicherheitsdienst, service de sécurité), appelé communément Gestapo. Dans le Cher, celle-ci est établie à Vierzon et à Bourges. Elle compte en son sein des auxiliaires français comme le tortionnaire Pierre-Marie PAOLI ou encore Roger PICAULT. Si elle n'est pas présente à Saint-Amand-Montrond, il lui arrive néanmoins d'y faire des incursions comme lors de la grande rafle de juillet 1944. 

En dehors d'une brève période au début de l’été 1940, la particularité de Saint-Amand-Montrond est de n’avoir jamais été occupée par les troupes allemandes, même après l’invasion de la zone libre. À partir de 1943, c'est la Milice locale qui y fait régner l'ordre, celui de Vichy; elle en outrepasse parfois les consignes, comme en juin et juillet 1944 avec Joseph LÉCUSSAN. Par contrecoup, elle y fait aussi régner l'ordre allemand, en jouant en quelque sorte le rôle de la Gestapo.

LA MILICE.

Des méthodes identiques à celles de la Gestapo.

Formé d’ardents partisans du maréchal Pétain, ce corps est constitué depuis janvier 1943 pour traquer les résistants, les communistes et les juifs. La Milice est dirigée par Joseph DARNAND.

En juin 1944, elle dispose d’une branche armée, la Franc-Garde. Elle commet de nombreux crimes et violences, notamment  en 1944.

Son action dans le Cher et à Saint-Amand-Montrond :

A partir de 1943, établie à Bourges et à Vierzon, la Milice fait régner l’ordre  allemand et joue le rôle de la Gestapo. 

Elle compte des auxiliaires tels que Roger PiICAULT et le tortionnaire Pierre-Marie PAOLI et en juin 1944, Joseph LÉCUSSAN.

Elle multiplie les arrestations et les exactions dans l’arrondissement de Saint-Amand-Montrond et en juillet, participe au massacre des puits de Guerry.

Joseph LÉCUSSAN (1895-1946), l'assassin des Droits de l'Homme.

Nommé Directeur Régional au Service des Questions Juives à Toulouse en juillet 1941, il devient Directeur de la Milice de la Région Rhône-Alpes en mars 1943. Le 10 janvier 1944, en présence de Paul TOUVIER, il arrête Victor BASCH, co-fondateur de la Ligue de Droits de l’Homme, qu’il assassine lui-même. Il est chargé du maintien de l’ordre dans le Cher et à Saint-Amand -Montrond où il multiplie les exactions. 

Arrêté en Allemagne, jugé et condamné à mort, il est fusillé en décembre 1946 à Caluire.

Pierre-Marie PAOLI (1921-1946).

En mars 1943, il est recruté comme interprète par la Gestapo de Bourges. Il porte l’uniforme SS. 

Réputé pour sa violence et sa cruauté, il a à son actif plus de 300 arrestations de juifs et de résistants qui furent, pour la plupart déportés ou exécutés. Il est l’un des auteurs de la rafle des 67 juifs de Saint-Amand-Montrond qui précède le massacre des puits de Guerry en juillet 1944. Il est aussi responsables de massacres dans les Ardennes en août 1944. 

Arrêté en Allemagne en mai 1945, jugé à Bourges puis à Nancy, il est exécuté à Bourges en juin 1946.

En inaugurant l'esplanade des Justes mercredi 5 mai 2010, le maire de saint-Amand-Montrond souhaitait:

“Rappeler ce choix entre l'honneur et le déshonneur qu'on fait de nombreux Français lors de la seconde guerre mondiale”

Dans son discours, salle Aurore, Thierry VINÇON a cité Dora LANGMAN, qui écrivait en 2002, lors de la nomination de Germaine Vigne, habitante de Graçay, au titre de “Juste parmi les nations”:

“C’est au courage de certains que l’on mesure la lâcheté des autres !”

Inaugaration de l'esplanade des Justes parmi les Nations le 5 mai 2010

MERCREDI - SALLE AURORE.

Les témoignages ont été applaudis par les Saint-Amandois.

Ceux de Jean-Yves LANEURIE, de Monique AUDRY, de Nicole YANCEY...

A la fin, la famille de Pierrette JURVILLIER, dernière Juste habitant dans le cher, a été invitée à prendre la parole. 

Prise au dépourvu, Madeleine sa fille, est montée sur scène.

Très émue, les larmes au bord des des yeux, elle a simplement dit:

“Mes parents sont des gens humainement corrects”

Et tout était dit.

Credits: Exhibit

Comité Français pour Yad Vashem
Ville de Saint-Amand-Montrond
Historienne — Sabine Zeitoun
Rédactrice — Viviane Lumbroso
Avec le Soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
Crédits Photos: 
Musée de la Résistance Cher
Musée de la Résistance Bourges
Famille Laneurie
CDJC - LE CERCIL
Memorial Yad Vashem - CFYV

Credits: All media
The exhibit featured may in some cases have been created by an independent third party and may not always represent the views of the institutions, listed below, who have supplied the content.